...finalement ce film sera représenté par le
pays d'Afrique qui a le plus grand rayonnement international,
l'Algérie. Le coq poussera donc plutôt des youyous. Et ouais
les gars ! La république s'est encore faite
tringlée ! Elle troue pas le cul celle là ?
Mais pourquoi c'est l'Algérie qui va à L.A. me
diriez-vous ? Sur la fiche technique du film selon le
site imd.com nous pouvons voir que la nationalité de l'œuvre
est, dans l'ordre, française, marocaine, algérienne, et belge.
Nationalité voulant dire production. Et bien parlons en.
Cela fait dix ans que le réalisateur Rachid Bouchareb mûrit ce film. Et c'est
tout à son honneur. En plus, c'est un mec plutôt honnête qui
visait à la vérité historique et non au stupide revanchisme
communautariste. Sur le papier c'est donc un bon projet mais
hélas, comme tout film historique, il va coûter bonbon !
Bouchareb et son associé, Jean Bréhat, ont une boîte de prod : 3B
Production. Bréhat et Bouchareb sont donc Producteurs
(c'est-à-dire les Patrons, responsables des levés de fonds, de
la distribution des rôles et de la distribution du film en
salles). Normalement, tout ce qui est artistique est seulement
de la responsabilité du réalisateur. Comme Bouchareb a deux casquettes, on pourrait
croire qu'il va mouiller le maillot. Un peu quand même mais
pas tant que ça.
Il faut déjà savoir que pour monter une boîte de
prod de longs métrages il suffit de bloquer 54.000 euros,
c'est tout, et roule ma poule !
En fait, producteur c'est un boulot de
maquereau. Et un maquereau n'est rien sans ses putes. Dans le
cinoche, les putes, ce sont les acteurs. Après le succès des
TAXI de Besson, Boucha avait déjà le Naceri en tête. Puis viendra le succès de
l'Asterix de Chabat et donc, le Jamel en deuxième option. Reste à ajouter à
ces deux trous du cul deux vrais acteurs : Sami Bouajila et Roschdy Zem.
Les quatre acteurs, pris à l'arrache, donnent un
accord de principe car le scénario n'est pas fini (et là je
rêve). Mais il arrive ! Un an durant, Bouchareb et son coscénariste Olivier Lorelle parcourent le Maghreb pour
recueillirent les témoignages des anciens combattants de
l'armée coloniale française. Il en résultera un premier jet
représentant 3h15 de film et 35 millions d'euros de budget.
Comme Bouchareb et Bréhat sont raisonnables, ils gardent sous
le coude une deuxième version, plus modeste et plus courte,
mais qui coûtera quand même 14.5 millions d'euros.
Pas de problème pour l'aide au développement
(France Télévision) et pour l'avance sur recettes (CNC, et ce
n'est pas le cas pour tout le monde). 3B Prod va ramasser
700.000 euros financés par les impôts des collabos de
français. On reste loin du compte donc à l'attaque !
D'abord Jamel Debbouze qui ne se fera pas prier pour
lâcher un million d'euros de sa poche via sa société de
production Kiss Films, et devient donc coproducteur
(pas responsable de tout le projet comme le producteur mais
qui est responsable de tout ou partie de la production
technique). En plus, en tant qu'acteur, il ne demandera que le
minimum syndical, à savoir 300 euros par jours. Il a
certainement demandé un intéressement sur les entrées du film,
je n'en sais rien et j'ai la flemme d'aller chercher des infos
pour le vérifier. De plus le petit Jamel, qui est pote avec le roi du Maroc
Mohammed VI, obtiendra pour la production toute la région de
Ouarzazate et 500 soldats de l'armée marocaine, plus avions et
bateaux et tout ça durant six semaines et à l'œil s'il vous
plait !
C'est bien mais pas assez. Heureusement, Jean Bréhat a un copain, Mohamed Nemmiche
qui a un impressionnant carnet d'adresses. Pour la faire
courte ça passe par Canal puis Vivendi puis, oh miracle,
l'Assemblée Nationale puis lors d'un dîner, par un voisin de
table à l'oreille baladeuse qui se révèle être Didier Duverger, le patron de Coficiné, la
banque du cinéma français. Une semaine plus tard Canal injecte
4 millions puis c'est le petit Thomas Langmann qui rallonge. Janvier 2005,
3B Prod n'a « que » 10 millions 5. Pas grave, on va
taper les élus. Déjà le conseil général d'Ile de France qui va
lâcher 500.000 euros, rien que ça, grâce à Jean Paul Huchon et au budget culturel de sa
région.
Bouchareb a déjà commencé le tournage au
Maroc mais il manque encore presque deux millions. Pas grave,
Nemmiche a le bras long. Il va demander à Pierre Méhaignerie, président de la
commission des Finances de l'Assemblée Nationale de verser
100.000 euros au conseil régional de Franche-Comté qui va les
ajouter aux autres 100.000 euros de subvention de la dites
région. Balaise ! Jamel sert de pute de luxe. Il se laisse
prendre en photo avec Douste Blazy mais quand Sarkozy lui demande de l'accompagner à
Trappes, Jamel refuse. Pourtant grâce à Sarkozy qui a envoyé une lettre à Adrien Zeller, président du conseil régional
d'Alsace, la subvention de la région pour le film est passée
de 48 à 60.000 euros. Et c'est pas fini ! Philippe Seguin, président de la Cour des
Comptes, interviendra auprès de la Caisse des Dépôts et
Consignations pour qu'elle débloque 110.000 euros au projet.
Enfin Claude, la généreuse fille de notre commandeur Chirac,
passera un coup de fil à France Télévision pour que ces radins
soient plus généreux. Bref, Indigènes était une grande et
belle cause nationale.
Sauf qu'aux Oscars, le réalisateur a le droit de
présenter son film selon sa nationalité. Rachid Bouchareb, qui est né à Paris en 1959
a la double nationalité franco-algérienne.
Pour remercier les élus
et l'argent public d'avoir financé son beau projet il a
préféré donner à l'Algérie l'honneur de cette production. On
reste dans la belle tradition maghrébine du « je prends
la thune en France et je ramène tout au bled ».
C'est
quand même la première fois qu'on nous fait le coup
culturellement. Surtout à un si haut niveau. Les contribuables
français apprécieront.
Pour ton prochain film, Rachid !
>>>>
Atlantis
Source :
http://culturalgangbang.blogspot.com/2007/01/il-faut-sauver-le-soldat-bouteflika.html
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