Jamais sans ma fille 2
Jamais sans ma fille 2, recto Jamais sans ma fille 2, verso

"Jamais sans ma fille 2" a été publié par Betty Mahmoody avec Arnold D. Dunchock en 1992 chez St-Martin's Press sous le titre "For the love of a child".
Traduit de l'américain par Marie-Thérèse Cuny, © Fixot 1992 pour la traduction Française.
Exemplaire éditions Presses Pocket, septembre 1990.
ISBN 2.87645.166.2
50.63.5641.01

Extrait :
Au début de 1988, Riaz se met à parler constamment de sa famille, à évoquer le Pakistan à tout propos. Curieux déclic pour un homme qui a si longtemps dénigré son pays natal, qui parle de ses compatriotes en les traitant d'ânes attardés et fait toujours autant de cas de l'Amérique!
Il réserve une place d'avion, pour lui seulement, en mars, soit un mois avant la date prévue pour l'accouchement de Christy. Au moment de l'accompagner à l'aéroport, Christy a une brusque bouffée d'angoisse.
- Je vais amener John chez mes parents, il n'a pas besoin de venir à l'aéroport.
- Qu'est-ce que tu imagines ? Que je vais l'arracher de tes bras à l'aéroport et m'enfuir avec lui? Christy! Je ne ferais jamais ça! L'enfant appartient à sa mère! Je ne pourrais jamais faire ce que tu fais pour lui.
Seule chez elle, Christy ne regrette pas l'ambiance tendue qu'entretenait Riaz, mais elle espère tout de même qu'il va revenir pour l'accouchement. Or, il refuse d'écourter son séjour, il n'a pas envie d'être auprès d'elle pendant les douleurs :
- Je t'ai déjà fait trop de mal, je ne supporterais pas de te voir souffrir de cette façon.
Adam naît le 6 avril 1988. Riaz est de retour un mois plus tard. Il se montre bizarrement soupçonneux à propos du nouveau-né :
- Ce n'est pas mon fils! J'ai des yeux marron, comment pouvons-nous avoir un fils aux yeux bleus?
Christy lui fait remarquer que son frère et son grand-père ont aussi les yeux bleus, mais il n'est pas convaincu, et à partir de ce moment, reste à l'écart du bébé. Riaz n'a plus recours à la violence physique, mais Christy sent que quelque chose ne va pas. Il a cessé de prendre ses médicaments pendant son séjour au Pakistan et est de plus en plus dépressif. Depuis longtemps déjà, il trouve un réconfort dans le whisky et s'est mis à boire beaucoup trop.
L'incroyable, pour Christy, se produit de nouveau. Elle est enceinte pour la troisième fois. Alors qu'elle allaite Adam, qui n'a que six semaines, qu'elle n'a pas de règles, et que le médecin lui a certifié que cet allaitement la protégeait plus efficacement que la pilule!
Riaz prend très mal la nouvelle :
- Une bouche de plus à nourrir ! Je n'y arriverai pas, je ne pourrai pas le supporter. C'est ta faute!
En revanche, il a l'air très heureux et plein d'entrain dès qu'il parle au téléphone à quelqu'un de sa famille. D'ailleurs, on l'appelle régulièrement pour le convaincre de faire un autre voyage à Peshawar.
- II faut que j'y retourne...
- Attends que j'aie accouché; en avril prochain on fera le voyage en famille.
La grossesse de Christy est difficile, elle souffre de contractions douloureuses; voyager est impossible. Riaz hésite:
- On verra, mais pour l'instant, j'ai besoin de partir seul, de me changer les idées, faire une coupure, tu comprends ?
Il veut partir au mois de mars, comme il l'a fait l'année précédente. Et laisser Christy se débrouiller seule. Les grossesses, les bébés, ce n'est pas son fort, ça ne colle pas avec son éducation pakistanaise. Des histoires de femmes, qui ne concernent pas les hommes. L'homme a un rôle avant, mais pas pendant, ni après la naissance...
Au cours de ce printemps, Christy évoque devant ses camarades de bureau l'éventualité d'un voyage au Pakistan, et plusieurs femmes s'en inquiètent. Elles ont lu récemment Jamais sans ma fille et ont trouvé l'histoire bouleversante. L'une d'elles demande même à Christy :
- Il n'a jamais emmené les enfants sans vous, j'espère? Elle leur dresse alors un portrait de Riaz, et évoque son indifférence envers ses fils, surtout ces derniers temps. L'imaginer en kidnappeur est impossible. Comment pourrait-il kidnapper un enfant alors qu'il est totalement incapable de changer une couche?
- Non... Rassurez-vous. Il n'a jamais pris les enfants sans moi.
Riaz doit toujours partir en mars prochain, mais durant quelque temps une paix relative s'installe. En septembre, le bail de location arrivant à échéance, le propriétaire de l'appartement appelle Christy à son bureau, et lui demande de venir signer le nouveau bail. Christy apprend que Riaz a demandé un nouvel arrangement mensuel, en affirmant que sa famille doit déménager en décembre!
Pour le moins déconcertée, Christy téléphone à son mari :
- Tu as dit qu'on déménageait en décembre ? Pour aller où ?
- Il a dû mal comprendre ! Je n'ai demandé qu'une modification à partir de décembre... pour payer tous les mois, c'est tout! C'est pour mieux gérer le budget!
Le mercredi 28 décembre 1988, par une journée glaciale comme on en connaît dans le Michigan, Riaz appelle Christy à son bureau, vers midi. Elle ne se sent pas très bien ce jour-là, elle a dû prendre froid et compte rentrer de bonne heure à la maison. Riaz, sur un ton amical complètement inhabituel chez lui, lui conseille de n'en rien faire :
- Prends un jour complet de repos demain, ça ira mieux quand tu seras à la maison. Tu n'auras rien d'autre à faire qu'à te reposer.
Vers six heures du soir, elle arrive enfin chez elle, toussotante et épuisée, pour trouver l'appartement désert. Et un message sur la porte d'entrée :
Chérie, nous allons à Holly. Il est trois heures de l'après-midi. Nous serons de retour avant six heures trente. Nous allons voir un ami, le docteur S. Ne t'inquiète pas, nous serons de retour à l'heure dite. Je t'aime.
Holly est une ville distante d'environ quatre-vingts kilomètres. Christy est contrariée, mécontente de cette rupture dans les habitudes des enfants. Ces derniers temps, Riaz est à nouveau très perturbé, il est bien capable de ramener l'un des garçons et d'oublier l'autre quelque part. Elle appelle la crèche, où on lui confirme que Riaz est bien venu chercher John et Adam plus tôt dans la journée. Christy s'allonge sur le divan et attend. Elle est épuisée. Cette troisième grossesse ne ressemble pas aux autres ; parfois elle se dit que ce bébé est aussi fatigué qu'elle, et qu'à eux deux, ils n'ont plus guère de force. Trois enfants aussi rapprochés, le travail, les soucis avec Riaz... Elle s'endort un peu. Il va rentrer, il n'est jamais à l'heure, mais il va rentrer...
À neuf heures du soir, elle est sur les nerfs. Et si Riaz avait abandonné ses fils chez des inconnus pour aller boire tranquillement ? Et si un étranger s'était emparé des enfants pendant qu'il ne les surveillait pas? John a à peine deux ans, Adam huit mois seulement. Ils sont si vulnérables et si mignons... On kidnappe si souvent les bébés.
À minuit, elle est paniquée, hors d'elle, et ses pensées s'affolent autour de deux scénarios possibles : ou Riaz a eu un accident de voiture, ou il s'est tout bêtement saoulé et passe la nuit à Holly, chez son ami.
Enfin, Christy court chez ses parents. Sa mère est persuadée que s'il est saoul, Riaz serait bien trop ennuyé pour téléphoner.
Christy appelle la police :
- Il faut attendre vingt-quatre heures, Madame! C'est le délai! Venez demain matin.
De bonne heure le lendemain matin, Christy et son père se rendent au poste de police. Là, un sergent les reçoit, bourru, carré, la cinquantaine :
- Votre nom ?
- Christy Khan.
- Votre mari est étranger?
- Pakistanais.
- Il a peut-être emmené les enfants au Pakistan!
- Oh non ! Il serait incapable de s'occuper d'eux, il n'a rien emporté, rien, pas le moindre vêtement ! Les enfants sont trop petits... C'est impossible!
- Vous n'y avez même pas pensé?
- Non. Honnêtement non... Je le connais...
- J'en ai vu d'autres comme vous, qui croyaient connaître leur mari...
De toutes les hypothèses, c'est la plus effrayante. Mais un voyage pareil, avec un bébé de huit mois, serait le pire des enfers pour un homme comme Riaz... Et pratiquement, cette hypothèse n'est pas logique. Non seulement il ne manque rien dans l'appartement, ni jouets ni vêtements de rechange, mais ces derniers temps Riaz faisait tout de même des efforts... Il l'emmenait au bureau en voiture tous les jours, essayait de respecter une sorte de routine dans les rapports familiaux...
Paniqués, Christy et son père explorent chaque route menant de l'appartement de Christy à Holly, à la recherche d'un véhicule accidenté ou abandonné. Christy se sent devenir folle, redoutant de trouver ce qu'elle cherche, tout autant que le contraire. Le soir même, après avoir épuisé tous les chemins environnants, elle appelle le F.B.I. On lui répond que Riaz est absolument libre de ses mouvements :
- Tant que vous êtes mariés, il a les mêmes droits que vous sur les enfants, on ne peut pas l'empêcher de les emmener. Si nous l'interceptons à l'aéroport, tout ce qu'on peut faire c'est lui demander de téléphoner chez lui. On ne peut pas le retenir.
L'agent du F.B.I. qui vient de répondre ainsi renvoie Christy sur une ligne directe au bureau fédéral de Chicago. Là, on lui apprend que des passeports américains ont effectivement été établis au nom des deux garçons et expédiés à Riaz par l'intermédiaire d'une poste restante. Le passeport d'Adam a été délivré le mois précédent. Mais Riaz a fait faire celui de John en juillet 1987, le mois où leur mésentente était si l'on peut dire à son apogée, c'est-à-dire quand il l'a frappée pour la première fois!
L'enlèvement n'est encore que théorique, c'est pourquoi les employés de l'aéroport de Détroit refusent de délivrer la liste des passagers pour le Pakistan. Cette attente infernale dure jusqu'à neuf heures du soir, heure à laquelle Riaz appelle depuis Karachi, la plus grande ville du Pakistan :
- Je suis arrivé, je vais prendre le train pour Peshawar avec les enfants!
- Mais pourquoi ? Tu es fou, ils sont trop petits ! Tu m'as menti! Tu les as kidnappés!