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"Laïcité et république" a été publié par Guy Coq en 1995 aux éditions du Félin.
ISBN 2-86645-196-1
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Laïcité et république Laïcité et république forment aujourd'hui un couple incertain. C'est pourquoi la question essentielle de cet ouvrage porte sur les conditions d'un contrat restauré entre la laïcité et l'idée républicaine. L'histoire de la laïcité, ses principes et ses débats fondateurs depuis 1789, la double crise autour de l'école en 1984 et 1994 sont rappelés ici afin de dresser l'inventaire d'un conflit franco-français souvent passionné. Sauf à rendre encore plus fragile l'espace social, l'éducation laïque ne saurait se détacher d'une éducation du citoyen, d'une culture républicaine faite de mémoire et de valeurs. Ce qui marque précisément l'importance de l'éducation scolaire comme l'une des conditions du lien nécessaire entre laïcité et république. Rien ne serait plus dangereux que la construction d'une religion civile qui ouvrirait la porte à une régression vers la confusion du théologique et du politique. Guy Coq, à cet égard, critique sans ambiguïté les palinodies juridiques et politiques qui entravent l'application des principes laïques. La laïcité est tolérance, mais toute religiosité n'est pas compatible avec la démocratie. Comment amener les religions à s'inscrire dans la culture démocratique et républicaine ? Tel est l'enjeu crucial pour l'avenir de la laïcité. Il y va des liens que laïcité et république ont tissés à travers une histoire mouvementée, et aussi de la cohésion de la nation, car il n'y a pas de république sans sujet historique. Agrégé de philosophie, membre de la rédaction de la revue Esprit, Guy Coq a publié aux Éditions Fleurus-Mame : Collection Questions d'époque 9 782866 451967
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Table
Avant-propos ...11
Première partie
La laïcité : principe fondateur de la société
Une genèse polémique
1.- Formation d'une grande idée de la modernité 15
Histoire d'un mot, formation d'un principe ...15
Laïcité : l'autonomie de la société face à la religion ...21
1789 plutôt que 1905 ...23
2.-La séparation Églises-État: particularité française ou sens commun de la laïcité? ...27
L'inévitable séparation ...27
Sens de 1905 ...29
Laïcité ou laïcisme? ...36
3.- Une longue querelle franco-française ...41
Quand l'État veut conquérir l'école ...42
Le combat pour la liberté de l'enseignement ...44
Naissance de l'école laïque, la guerre des deux écoles ...46
Le brouillage des enjeux ...51
4.-Les crises scolaires : deux épisodes symétriques, 1984 et 1994 ...55
L'échec provoqué d'Alain Savary ...55
« Du Parlement, le débat passe dans la rue » ...61
Précipitation et dissimulation ...66
Une question de principe ...78
Le mécanisme d'une privatisation du système scolaire ...82
Le statut des enseignants, une cible privilégiée ...86
L'école contre la République ...87
Deuxième partie
Société laïque, société faible Quel fondement?
1.- La pédagogie et les tribulations de la République moderne ...93
L'école en proie à la perversion des utopies ...94
Des rapports entre l'école et la société ...94
Autonomie : du mythe à la supercherie ...97
Le messianisme de la jeunesse et les mouvements de révolte 101
Le rapport pédagogique ...105
Contestation des structures et réformes ...108
Les impasses de la raison pédagogiste ...110
Le grand mensonge de l'éducation pour tous ...125
2.-Conditions et urgence d'une éducation à la démocratie ...131
La société fragile ...132
Les cercles de la citoyenneté et l'exclusion ...135
3.- Contre l'idée d'une religion civile ...143
L'expérience du sacré ...143
L'unité de la nation ...149
Troisième partie Éducation et laïcité
1.- Principe d'une morale laïque ...155
Pour une vraie éducation éthique ...158
Le prix de la survie d'une société démocratique ...163
Conditions culturelles d'une éducation à la démocratie..166
Aspect spirituel de l'éducation contre la barbarie ...170
2.- Laïcité et question du sens ...173
Sens et culture, sens et laïcité ...173
Pour un réinvestissement culturel de l'école ...178
La culture scolaire doit-elle intégrer une culture religieuse? 18
La religion, l'impensé des philosophes? ...188
Culture religieuse et école ...192
3.- Le maître peut-il être laïque? ...201
Education, culture et société ...201
Éducation: une technique de communication? ...207
Le métier infini ...211
La pratique et la transmission ...218
Les fausses sciences éducatives ...220
4.- Le partage éducatif: le tiers lieu ...227
La famille, l'école, le tiers lieu éducatif ...228
Que peut le tiers lieu? ...233
Statut et limites du tiers lieu ...235
Le tiers lieu et l'école ...237
Faut-il créer des moniteurs scolaires? ...239
Quatrième partie
Religion et laïcité Du conflit à l'accueil et au dialogue
1.- L'école catholique : un piège pour l'Église?..243
Évolution de la culture catholique ...243
Que faire pour sortir du piège? ...253
2.- Les contraintes de l'espace laïque ...255
Au risque des sectes ...255
L'Église dans la société ...260
3.-La querelle des foulards ou la société ébranlée ...265
Une faute politique ...265
Le symbole et le droit ...270
Le jeu de l'intégrisme ...276
Et la circulaire Bayrou ...279
Le symbole et l'inacceptable ...284
Du bon usage des droits de l'homme ...287
4.- Le christianisme dans la société laïque ...297
Le double malaise de nos mémoires ...298
Le rapport Rémond sur Touvier : un analyseur des rapports Église-société ...30
La bonne mémoire ...305
L'initiative du cardinal Decourtray ...308
La mémoire lourde à porter ...309
La leçon du blasphème ...315
La foi comme dialogue avec les croyances ...319
Pour une nouvelle inscription chrétienne ...323
Conclusion.- Pour une humanité meilleure ...327
Reconnaissance de dettes ...331
Didier Thimonier
* Préface à la troisième édition, octobre 1999 ; première édition 1995. Cinq ans après...
Depuis sa première publication, cet ouvrage a rencontré un accueil inattendu par son ampleur. Il n'était pas évident, au milieu des années quatre-vingt-dix, d'ouvrir un débat sur les rapports intimes entre laïcité et république.
C'est pourquoi j'ose penser que cet ouvrage a beaucoup aidé à renouveler les termes du débat sur la laïcité. Il a fait comprendre qu'on ne peut pas réduire la laïcité à n'être qu'un terme synonyme de neutralité. La question: quel type de société rend possible la laïcité ? ou quelles conséquences la laïcité a-t-elle sur l'institution du social ? est devenue légitime.
Parce qu'il ouvre le débat sur le sens même de la société, cet ouvrage a suscité des réactions contrastées. Il y a eu celles qui approuvaient l'effort poursuivi pour construire une définition plus complète, moins parcellaire de la laïcité. A l'opposé, on contesta le sens ici donné à la laïcité. C'était, au dire de certains, une laïcité trop étroitement liée à la tradition française et, du coup, périmée à l'échelle de l'Europe, ou même, pour quelques-uns, trop... catholique. Sur le terrain polémique, l'usage du mot république suscita certaines allergies. Qu'on se souvienne de ces années étranges où il n'était plus possible, en France, de réfléchir sur l'idée de nation sans être traité de nationaliste et d'antieuropéen, où il devint suspect d'évoquer la république, et quiconque transgressait l'interdit était immédiatement classé dans l'enfer des « républicanistes » ou des « souverainistes » ; penser la nécessité de l'État devenait une faute grave à l'âge des délices de la mondialisation. Le fait d'avoir osé critiquer, d'un point de vue rationnel, les argumentations du Conseil d'État à propos du voile islamique, valut à l'auteur d'être identifié comme xénophobe, voire -ce fût le cas dans un grand journal - d'être considéré comme un dangereux allié de Le Pen.
À travers débats et polémiques, cet ouvrage aura peut-être eu le rôle utile de montrer que si la laïcité française est bien le résultat d'une histoire particulière, celle de ce pays, elle a contribué à faire émerger, par-delà le mouvement de la sécularisation, ce principe de laïcité qui est un des aspects de l'universalité de la modernité démocratique. La problématique de Laïcité et République aura aussi aidé à mieux comprendre ce que signifie la différence des deux grandes traditions : celle de la révolution française, celle de la révolution américaine. Du coup, ce qui est apparu à certains comme une réflexion sur la laïcité liée au catholicisme devrait plus justement être rapproché de la tradition de 1789.
Le débat, réactivé comme nous le montrons dans cet ouvrage au début des années quatre-vingt, se poursuit, fort heureusement, car cette période d'attention à la laïcité fait suite à une longue phase d'oubli. Nous relèverons quelques événements récents et, en même temps, des constantes, voire des immobilismes.
Tout d'abord, en ce qui concerne la culture scolaire, même si l'évolution est trop lente, on constate une nette prise de conscience des exigences de l'éducation laïque 1.
1. Sur ce point, voir Guy Coq, La démocratie rend-elle l'éducation impossible ?, Parole et Silence, 1999. Édition revue de Démocratie, religion, éducation.
J'avais identifié trois grandes carences dans la culture scolaire, portant : sur l'éducation morale, sur la formation du citoyen, sur l'ouverture aux enjeux du sens, avec notamment la question d'une introduction de l'étude des faits religieux dans l'école. Sur ce dernier point il y a eu des progrès, avec des changements de programmes dans certaines classes en histoire et en français, suivis par une stagnation ces dernières années. En revanche, la multiplication des faits de violence à l'école a provoqué un intérêt soudain des ministres pour l'éducation morale et la formation du citoyen, et cela au risque d'hypothéquer les initiatives prises, en les instrumentalisant au service d'une lutte immédiate contre la violence. Une action contre les trois carences suppose une réorientation de la culture scolaire à travers les diverses disciplines ; elle appelle aussi une nouvelle instauration institutionnelle de l'école. Celle ci souffre de désinstitutionnalisation.
De manière inattendue, les deux voyages de Jean-Paul II en France, en 1996 et en 1997, ont relancé le débat sur le rôle de l'Église catholique dans la société laïque et démocratique. Le point de départ polémique de ce débat aura montré combien ce pays est en malaise avec la partie chrétienne de sa mémoire. Quel mal y avait-il, pour la nation, à commémorer Clovis, cet Européen d'avant les nations, ce barbare2...?
2. Cf. Guy Coq, « Faut-il commémorer Clovis ? », in Esprit, juillet 1996
Fort heureusement, Jean-Paul II adopta la conception du voyage voulue par les évêques de France. Et là où certains craignaient qu'il fût l'occasion de redonner vie à des formules comme «baptême de la France», « France, fille aînée de l'Église », il devint au contraire le signe d'une définitive caducité pour ces formules. Il n'empêche, la commémoration Clovis nous aura fait assister à la réapparition d'un extrémisme laïque, voire à une confusion entre laïcité et antichristianisme. Le second voyage, celui des journées mondiales de la jeunesse, fut un événement dont la lecture demeure difficile.
On nous objectait : la laïcité est une particularité française ; or, l'affaire des crucifix des écoles de Bavière, en 1995, allait montrer la partie européenne de la question laïque. Sur plainte de certains parents, la cour de Karlsruhe, cour constitutionnelle nationale, jugea en effet contraire à la Constitution fédérale la présence de crucifix dans les salles de classes des écoles publiques en Bavière. On ne peut qu'évoquer le tollé que ce jugement produisit en Allemagne, et en conclure qu'un jour ou l'autre, le principe de laïcité devrait s'imposer dans les pays acquis à la modernité démocratique (avril 1995)3.
3. Tollé il y eut : 47 % des Allemands désapprouvaient la cour, 25 % seulement se disaient favorables. 77 % trouvent « raisonnable » la présence des crucifix.
Pour en revenir à la France, disons que la question de l'intégration de l'islam dans l'espace laïque et républicain n'a pas beaucoup avancé ces dernières années. Sur les trois problèmes décisifs, on a l'impression d'un piétinement inquiétant : aucune avancée sur la question de la représentation, qui gouverne les autres; peu de chose sur la formation des imams ; rien sur les mosquées. Sur la représentation de la communauté, on a l'impression que manque la volonté politique, parce que l'islam n'est pas, en France, sorti du statut colonial. En 1806, une initiative de Napoléon Ier aboutissait deux ans plus tard à la création d'un consistoire central de France. Il y avait eu initiative du pouvoir. Près de deux siècles plus tard, les juifs religieux voient dans l'initiative de l'empereur un geste heureux. Toutes proportions gardées, rien n'empêche la république d'accomplir le geste politique qui sortirait l'islam du colonialisme, pour lui faire bénéficier pleinement de l'autonomie qu'offre la loi de 1905. Sur la formation, la passivité ministérielle après le rapport Trocmé, qui prônait (1997) l'adoption d'un arrêté créant un DEUG d'études musulmanes à Strasbourg, a quelque chose d'incompréhensible. De même, l'absence d'une position globale sur les mosquées, notamment à Paris, laisse l'arbitraire bloquer, par exemple, la construction de la mosquée rue de Tanger.
La querelle du voile islamique demeure plus un révélateur de l'écroulement des principes républicains que d'une volonté des musulmans de France. La fameuse circulaire Bayrou a produit de bons effets. Elle a été attaquée pour excès de pouvoir par les islamistes, mais ils n'ont pas eu gain de cause 4.
4. Arrêt du Conseil d'État, 10 juillet 1995.
De plus, une décision du tribunal administratif de Paris (10 juillet 1996) constitue, à propos du foulard islamique, une remise en cause de la jurisprudence du Conseil d'Etat5.
5. Voir les textes dans les Petites Affiches, 3 septembre 1997.
Ces flottements dans la jurisprudence confortent la position de ceux qui, depuis quelques années, militent pour un ajustement législatif précisant la loi républicaine en ce qui concerne la nécessaire discrétion des signes religieux dans les classes 6.
6. Une pétition en ce sens du Comité vendémois de défense de la laïcité a recueilli plus de mille signatures (CVDL, mairie de Vendôme 41000).
Enfin, la dégradation, souvent constatée, de la qualité du débat démocratique dans ce pays, ces dernières années, rend plus nécessaire que jamais une réflexion sur le vrai sens de la laïcité.
Guy coq, octobre 1999.