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"Lettre au président à propos de l'immigration" a été écrit par Thierry Desjardins aux éditions Fixot en 1996.
270 pages
ISBN : 2-221-08350-4
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Table des matières
1. Monsieur le Président de la République,... 7
2. Promenade dans la « France envahie »... 37
3. Combien sont-ils?... 71
4. 800 000 « clandestins »?... 93
5. Et ça nous coûte combien?... 115
6. Une France... «plurielle »... 141
7. La vraie question : l'islam... 163
8. Le « grand débat »... qui n'a jamais eu lieu... 201
9. Insertion, intégration, assimilation ?... 237
Post-scriptum... 269
Extrait : Chapitre 7, pages 163 à 199
Et si nous arrêtions de... « tourner autour du pot » ?
Voilà deux bonnes heures, Monsieur le Président, que je vous raconte
des histoires que vous connaissez, même si vous n'aimez pas les
écouter, que je vous jette au visage des chiffres dont vous ne voulez
pas entendre parler, mais que vous avez dans vos tiroirs fermés à clé,
et que je vous fais part des réflexions de nos compatriotes, que vous
avez entendues cent fois à Ussel, à Paris et partout.
Et pourtant, comme vous êtes le chef de l'État et que je tente de rester
« convenable », nous avons soigneusement évité de nous dire la vérité,
les yeux dans les yeux, de peur d'affronter le thème le plus tabou de
tous les dossiers tabous de ce sujet tabou qu'est l'immigration.
Certes, il n'était déjà pas facile d'aborder avec vous - même dans le
secret de la correspondance - l'enfer quotidien que vivent nos
compatriotes quand ils ont le malheur d'habiter dans les zones «
sensibles » à forte population immigrée ; certes, il était bien délicat de
vous dire que tous nos chiffres officiels étaient ridiculement faux, dès
qu'il s'agissait des immigrés ou des étrangers; certes, parler du coût
exorbitant de cette présence frisait l'indécence; certes, évoquer
l'absurdité des théories de certains de vos amis favorables à la «
plurialité » d'une France « multiculturelle » et qui prônent l'intégration en
refusant l'assimilation risquait fort de vous contrarier, mais alors,
maintenant, vous dire froidement ce que tout le monde sait, vous le
premier, pourrait vous faire sortir de vos gonds.
Tant pis! Mais commençons doucement.
Nous sommes, vous et moi, d'accord pour reconnaître qu'en deux
générations la France a totalement assimilé des centaines de milliers
d'immigrés polonais, italiens et espagnols.
Les Français ne sont donc pas foncièrement xénophobes,
contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire.
S'il y a eu quelques incidents avec les immigrés européens, lors de leur
arrivée, la deuxième génération a été non seulement intégrée dans un
premier temps mais très vite parfaitement assimilée. C'est indéniable et
c'est tout de même à porter à notre actif.
Certains commentateurs nous disent que c'était « autrefois » et que «
ce n'était pas en pleine crise économique ». L'argument ne tient pas.
Les Portugais (qu'on oublie souvent) ne sont arrivés en masse qu'à
partir du milieu des années 70, donc en pleine crise, ils sont très
nombreux (plus d'un million), ils n'en sont qu'à la première génération,
pour la plupart et par définition, et ils n'ont strictement jamais posé le
moindre problème.
Or l'immigration maghrébine, elle, en est désormais, bien souvent, à la
deuxième, voire à la troisième génération, et eux ne sont toujours pas
intégrés et encore moins assimilés; pis même, les « incidents »
continuent, s'amplifient, et l'ambiance générale se dégrade de jour en
jour.
Pourquoi alors serions-nous xénophobes avec eux, alors que nous ne
l'avons pas été avec d'autres?
Nous sommes, vous et moi, d'accord aussi pour reconnaître qu'il n'y a
guère de problème avec les quelque 700 000 Français de nos
départements d'outre-mer qui ont « immigré » en métropole et qui sont,
bien souvent, noirs comme du cirage.
Et les Français de souche ne se poseraient aucune question à propos
de ces compatriotes si certains agités des DOM (excités d'ailleurs par
certains autres agités de métropole, Blancs ceux-là) ne réclamaient, de
temps en temps et à cor et à cri, une « indépendance » (que la grande
majorité des Français serait toute prête à leur accorder), ce qui fait que
nous avons tous, plus ou moins, tendance à nous demander par
moments combien ces DOM nous rapportent et surtout combien ils
nous coûtent, ne serait-ce qu'en allocations familiales et en RMI.
Mais, cela mis à part, jusqu'à preuve du contraire et sous bénéfice
d'inventaire, nous aimons bien nos compatriotes des DOM et nous
sommes, sans doute, l'un des très rares pays développés à avoir eu,
pendant plus de vingt ans, comme deuxième personnage de l'Etat, un
Noir, originaire de ces DOM, Gaston Monnerville, président du Sénat, et
sans que cela ne choque qui que ce soit. Si Gaston Monnerville n'avait
pas sombré, sur ses vieux jours, dans un antigaullisme aussi primaire
que ridicule en accusant le Général de forfaiture, il serait sans doute
resté l'un des personnages les plus respectés et les plus sympathiques
de notre République. C'est peut-être une tarte à la crème que de le
rappeler, mais cela prouve, en tout cas, que les Français ne sont pas
foncièrement racistes non plus, contrairement à ce qu'on affirme aussi
si souvent.
Nous ne sommes pas xénophobes avec les Polonais, pas racistes avec
nos Noirs des DOM, alors pourquoi diable y a-t-il un problème
aujourd'hui avec nos immigrés du Maghreb ou d'Afrique noire ?
Pourquoi diable un fameux sondage CSA qui fit couler beaucoup
d'encre, après avoir été publié dans le rapport annuel de la Commission
nationale consultative des droits de l'homme, affirma-t-il que 65 % des
Français estimaient qu'il y avait « trop d'Arabes » en France ?
Parce qu'ils sont très nombreux et que nous commençons, en pleine
crise économique interminable, à être un peu « saturés » ? Sans doute.
Mais il n'y a pas que ça.
Je vous disais que nous en étions à la quatrième vague d'immigration
massive. Chronologiquement, après les Européens, nous avons eu ces
Maghrébins, puis ces Africains et maintenant nous avons les
Asiatiques. Toujours plus ! Toujours plus loin !
Or, alors qu'en principe nous devrions nous « énerver » de plus en
plus à chaque nouvelle vague, tout le monde constate que cette
quatrième vague ne pose, elle, pour l'instant, aucun problème. Derniers
arrivés, les Asiatiques « passent » bien. Pourquoi ?
Parce qu'ils sont (pour l'instant) moins nombreux, plus discrets, plus
respectueux du pays qui les accueille, plus travailleurs ? Parce que
nous avons une certaine sympathie pour eux en souvenir de l'Indochine
française - mais il y a eu aussi un Maghreb français et une Afrique noire
française? Parce que nous nous imaginons - ce qui est faux - qu'ils ont
tous fui le Vietnam communiste sur des embarcations de fortune ou le
Cambodge des Khmers rouges en traversant des champs de mines? Il
y a sûrement un peu de tout cela.
Mais la vraie vérité est sans doute ailleurs, même si elle n'est pas
scientifiquement démontrée et même si elle est un peu difficile à
formuler.
Les Asiatiques qui ont les yeux bridés, qui sont tout jaunes de peau,
dont les pays d'origine sont à l'autre bout de la planète, qui sont
bouddhistes, taoïstes, animistes ou n'importe quoi, qui mangent avec
des baguettes et dont les traditions nous sont totalement
incompréhensibles, nous paraissent infiniment moins... « étrangers »
que les Algériens dont le pays est à une demi-heure d'avion de
Marseille.
Certains expliquent l'attitude des Français « de souche » à l'égard des
Algériens par les (mauvais) souvenirs de la guerre d'Algérie.
L'explication ne tient guère. D'abord, plus de 20 millions de Français
n'étaient même pas nés quand cette guerre - qui fait désormais partie
de l'histoire ancienne - s'est terminée.-
Ensuite, nous avons eu, aussi, une guerre avec les Vietnamiens qui
s'est, elle aussi, fort mal terminée pour nous. Et nous ne semblons pas
leur « en vouloir » pour autant. D'ailleurs, en ce qui concerne les
Algériens, nous avons les mêmes réticences avec le « tout-venant »,
qu'on pourrait, en effet, soupçonner d'avoir milité dans les rangs du FLN
ou d'être des enfants d'anciens « fellaghas », qu'avec les harkis ou leurs
enfants, qui, eux, n'étaient pas des ennemis de la France, bien au
contraire, et à l'égard desquels nous avons été d'une ingratitude qui a
bien souvent frisé l'ignoble.
Enfin, nous avons pratiquement - à quelques nuances près -la même
attitude à l'égard des Marocains, des Tunisiens et des Africains
d'Afrique noire avec lesquels nous nous sommes séparés, jadis, dans
des circonstances beaucoup plus amicales.
Non, on a beau prendre la question dans tous les sens, on est bien
obligé de reconnaître que, s'il y a problème avec ces immigrés des
deuxième et troisième vagues, ce n'est ni parce qu'ils sont étrangers,
comme les Polonais ou les Portugais, ni parce qu'ils ne sont pas de la
même couleur de peau que nous, comme les Martiniquais ou les
Asiatiques, ni parce que l'histoire nous les a, un temps, présentés
comme des ennemis, comme les Vietnamiens, mais parce qu'ils sont
d'une autre... religion que nous. Jean-Claude Barreau, qui s'y connaît, a
raison d'oser écrire : Ce qu'il y a de nouveau, c'est le fait religieux.
C'est-à-dire, soyons clairs : l'islam.
Selon un autre sondage, commandé, lui, par le bureau du Premier
ministre en 1990, pour 70 % des Français le mot « islam » est synonyme
de violence, régression, fanatisme. En fait, les Français ne trouvent pas
qu'il y a « trop d'Arabes » ou « trop d'Africains », ils trouvent qu'il y a trop
de... musulmans, mais ils n'osent pas le dire.
La chose paraît scandaleuse et surtout... incompréhensible, de prime
abord.
La France est devenue, depuis longtemps, un pays foncièrement
laïque, et il faut bien avouer que les Français, dans leur écrasante
majorité, non seulement ne « pratiquent » plus mais qu'ils ne croient
même plus ni en Dieu ni au diable.
Nos églises sont vides quand elles ne servent pas de décors à des
concerts de rock ou à des grèves de la faim d'immigrés clandestins.
Nos séminaires sont totalement désertés et nos derniers « curés » sont
sans voix, sauf s'il s'agit, pour les uns, de fustiger le pape et, pour les
autres, de fustiger le gouvernement (à condition, bien sûr, qu'il ne soit
pas « de gauche »).
La foi de nos immigrés devrait donc nous laisser parfaitement
indifférents, et d'ailleurs personne ne reproche à nos Asiatiques de
vénérer Bouddha ou leurs ancêtres.
Oui, nous dit-on, mais l'islam... ce n'est pas pareil.
Justement! À première vue, ce fameux islam devrait, au contraire,
être la religion « étrangère » la moins « dérangeante » pour nous.
C'est une religion monothéiste, comme la nôtre, qui considère d'ailleurs
Abraham et Jésus comme des prophètes. Elle est, en plus, infiniment
moins compliquée que la nôtre puisqu'elle n'a ni Trinité ni panthéon de
saints et qu'il suffit de croire que seul Dieu est Dieu et que Mahomet est
son prophète pour être musulman. L'islam n'a pas de clergé, au sens
exact du terme, et les quelques obligations qu'il impose à ses croyants
sont très « raisonnables » : croire en Dieu (ce qui est bien le moins),
faire la prière cinq fois par jour, jeûner - de jour - pendant le mois de
ramadan, faire l'aumône et, si possible, aller une fois dans sa vie à La
Mecque.
Il n'y a là rien de très exorbitant ni surtout de très gênant pour les
éventuels voisins des musulmans.
À cela s'ajoutent, comme dans toutes les autres religions, un certain
nombre de préceptes moraux plutôt sympathiques comme le respect de
la famille, de l'autre, du pauvre, et quelques interdits qui n'ont rien de scandaleux comme celui de l'alcool,
des stupéfiants, de l'usure, des jeux de hasard ou de la viande de porc.
Naturellement, et là encore, dans beaucoup de religions, au fil des
siècles, les « professionnels » ont ajouté quelques obligations et
quelques interdits en donnant à des mots un peu flous des
interprétations plus rigides et donc contestables.
Est-ce que le « djihad » qu'on traduit par « guerre sainte » signifie
l'obligation pour les musulmans de faire la guerre aux « infidèles » ou,
plus pacifiquement, le devoir pour chaque fidèle de lutter intérieurement
contre les mauvaises pensées? En tout cas, et même si beaucoup de
musulmans l'ont oublié, le Coran lui-même n'autorise que la guerre «
défensive ». Est-ce que le « port du voile » est une obligation au sens
strict du terme imposant à la femme de cacher son visage ou plutôt une
métaphore signifiant que la femme se doit d'être pudique ? Etc.
Bref, si l'on s'en tenait aux textes essentiels, originels, et à leur
interprétation « modérée », il n'y aurait vraiment (presque) rien de
gênant pour nous, judéo-chrétiens devenus laïcs, à cohabiter avec des
musulmans, même pratiquants.
« Presque », car il y a tout de même, dès le départ, un point un peu
délicat : le rapport qu'établit l'islam entre la croyance en Dieu et le
pouvoir politique.
Même si ce point de doctrine a fait l'objet de débats interminables dans
les universités islamiques, il est évident que, pour le « bon musulman »,
la laïcité de l'Etat telle que nous la concevons est inacceptable et que -
sans même vouloir en revenir au principe du califat - ce bon musulman
ne peut que souhaiter un Etat respectueux des préceptes édictés par le
Prophète.
Comme le note Barreau : La Charia, la loi coranique, ne veut
connaître qu'un seul type de situation : celle dans laquelle le musulman
est naturellement le maître de la cité et y fait régner sa loi islamique. La
soumission à une autorité impie n'est pas envisagée.
Peut-on vraiment en vouloir aux musulmans pour cela ? Il ne faudrait
pas oublier que, jusqu'en 1881, il y avait des crucifix dans nos
tribunaux, que la séparation de l'Église et de l'Etat, en France, ne date
que de 1905, qu'aujourd'hui encore elle n'est pas appliquée dans les
départements d'Alsace et de Lorraine occupés par l'Allemagne de 1970
à 1918 et qu'aujourd'hui encore, dans beaucoup de pays parfaitement «
civilisés », l'Église est considérée comme « Église d'État », que ce soit
en Grande-Bretagne, en Norvège, en Finlande, en Suède ou en Grèce
(où, par exemple, la Constitution de 1975 a été promulguée par
Constantin Caramanlis au nom de la Sainte-Trinité consubstantielle et
indivisible et où la religion de chaque citoyen est précisée sur les cartes
d'identité).
Qu'un bon musulman souhaite vivre dans un État musulman n'aurait
donc, a priori, rien de choquant, à condition toutefois et bien sûr que ce
pays soit le sien, que les musulmans y soient majoritaires et que les
interprétations faites du Coran ne violent pas (trop) les conceptions,
généralement admises par tous, de ce que nous appelons les droits de
l'homme (et éventuellement ceux de la femme).
Qu'un musulman soit « moins à l'aise » qu'un autre étranger dans un
pays laïc semble aussi évident. En juillet 1993, Charles Pasqua,
ministre de l'Intérieur, fit faire un sondage par la Sofres auprès des
étrangers vivant en France. Trois chiffres nous avaient tous surpris. 58
% de ces étrangers affirmaient que la France ne pouvait plus recevoir...
d'étrangers; 86% de ces étrangers se disaient satisfaits de vivre en
France et 47 % seulement de ces étrangers souhaitaient acquérir la
nationalité française.
Et en y regardant de plus près, on s'apercevait que, si 72 % des
Asiatiques souhaitaient devenir français, 61 % seulement des Africains
et 48 % seulement des Maghrébins le souhaitaient... Ces chiffres
démontraient bien que les musulmans et a fortiori les Maghrébins se
sentaient moins proches de nous que les Asiatiques.
Cela dit, il faut bien constater que, pendant des années, l'islam n'a gêné
strictement personne.
Pendant plus d'un siècle, des Français, immigrés à leur manière, ont
vécu dans les pays du Maghreb à très forte majorité musulmane. Si,
politiquement, économiquement, socialement, les problèmes entre les
deux communautés n'ont jamais manqué, rarement la question
religieuse a été soulevée par les uns ou par les autres. Les églises et
les mosquées se respectaient ou en tout cas s'ignoraient.
Des dizaines de milliers de « bons musulmans » ont servi dans
l'armée française sans que cela ne pose le moindre problème, pas
même pour leur encadrement « chrétien », et sans que cela n'empêche
ces musulmans de se faire tuer pour la France et la liberté.
Les tout premiers immigrés maghrébins installés en France n'ont pas
non plus posé de problème religieux. On les savait musulmans, ils
s'étaient mis à boire du vin, on leur avait construit une grande mosquée
à Paris, nous avions quelques vieux universitaires et quelques Pères
blancs qui faisaient, sans grand succès, des colloques sur le
rapprochement des deux religions, et on en restait là.
Certes nous avions remarqué, vers la fin des années 70, un retour à la
foi dans notre communauté musulmane. Gilles Kepel l'explique bien :
Égarés entre la France et le pays d'origine, frappés ou menacés par le
chômage, désemparés par les murs et les attitudes dominantes dans
la société d'accueil qui exercent sur leurs enfants un attrait alors
apparemment irrésistible, un certain nombre de ces immigrés ont
cherché dans la religion islamique un havre de salut. Mais ce n'était pas
très grave.
Ce n'est, finalement, que très récemment que les choses ont changé,
que l'islam, au lieu de mourir de sa bonne mort comme toutes les autres
religions, est devenu un « danger », qu'on s'est mis à parler de « la
menace islamique » puis « islamiste », qu'on a dû ressortir tous nos
vieux fantasmes de la bataille de Poitiers et des croisades et qu'on s'est
aperçu que l'immigration maghrébine ou africaine n'avait rien de
commun avec les autres immigrations, tout simplement parce que
c'était une immigration... musulmane.
En fait, bien sûr, c'étaient les musulmans eux-mêmes qui avaient
changé.
Pourquoi? Parce que tous ces peuples dont les territoires vont de
l'Atlantique au Pacifique avaient tout essayé pour sortir de leur misère
et que tout avait raté. Le nationalisme, de droite ou de gauche, le
socialisme militaire ou civil, le marxisme à la sauce tropicale ou aride, le
libéralisme sauvage ou tempéré et même toutes les « troisièmes voies »
possibles et imaginables.
Comme ils se refusaient énergiquement, en souvenir de notre présence
passée, à tenter l'expérience de la démocratie politique et du
capitalisme économique (ce qui eût pourtant, sans doute, été une
bonne idée, même si ce n'est pas toujours une idée très facile à mettre
en pratique), il ne leur restait plus, en désespoir de cause, qu'à s'en
retourner vers leur passé glorieux et lointain et qu'à se souvenir qu'en
effet, il y avait quelques siècles, ils avaient eux aussi plus ou moins
dominé le monde, à l'époque de l'islam conquérant. Et ce fut, dans le
milieu des années 70, le « réveil de l'islam » endormi.
Ce que nos intellectuels n'ont pas compris, c'est qu'une religion qui se
réveille n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était quand elle était encore
assoupie. Elle n'ouvre pas vaguement un il en s'étirant. Non, sortant
des rêves de sa grandeur passée et du cauchemar de sa mort
programmée, elle bondit sur ses pieds et veut tout casser.
Quand, au moment de ce réveil de l'islam, nous nous sommes adressés
à nos vieux islamologues pour qu'ils nous expliquent à quoi et à qui
nous avions soudain affaire, ils ont d'abord été tout étonnés qu'on
s'intéresse ainsi à leur vieille spécialité, puis, ravis de l'aubaine d'avoir
enfin un auditoire, ils se sont mis à nous faire des conférences sur le
bon vieil islam qu'ils avaient mis tant d'années à tenter de comprendre.
En fait, ce qu'ils savaient - et certains d'entre eux étaient des puits de
science - n'avait strictement rien à voir avec ce nouvel islam dont nous
voulions tout savoir. C'étaient deux mondes différents.
C'était un peu comme si nous avions demandé à des spécialistes de
nos prêtres-ouvriers de nous expliquer la démarche de Mgr Lefebvre.
Ils nous auraient affirmé que l'Église de France se voulait progressiste,
proche du peuple, « de gauche », moderne, laïque même. Et nous
n'aurions rien compris en voyant ces jeunes séminaristes « intégristes »
au crâne rasé comme celui des sous-officiers de la Légion étrangère, à
la démarche militaire, elle aussi, en soutane (une chose qui avait
disparu depuis des lustres), faisant des « bras d'honneur » au pape, à
tous les cardinaux et à la plupart des évêques et ne voulant entendre
parler qu'en latin afin, sans doute, de ne plus jamais prendre le risque
d'avoir à communier avec un prolétariat inculte.
Une religion qui veut renaître de ses cendres ne peut jamais faire dans
la dentelle, les compromis, l'cuménisme, la tolérance, la
compréhension des autres religions. Si elle souhaite vraiment
ressusciter, il lui faut d'emblée taper sur la table et dans le tas, affirmer
- pour s'affirmer - que toutes les autres religions ne sont que des
trahisons de Dieu, que tous les « modérés » ne sont que des
collaborateurs stipendiés et repartir, comme en 14, à la conquête de
l'univers.
C'est ce que tentent de faire, sans grand succès pour l'instant, les
disciples de Mgr Lefebvre.
C'est ce qu'ont fait, mais avec plus de succès, les quelques politiciens
assez malins pour comprendre, dans le milieu des années 70, que
l'islam était leur meilleure (et dernière) carte pour combattre le
modernisme effréné du shah d'Iran, le libéralisme excessif de Sadate
ou la dictature médiocre et corrompue du FLN algérien. Modernisme,
libéralisme et dictature qui n'avaient, il faut aussi le reconnaître, rien
apporté d'autre à leurs pays respectifs qu'un sous-prolétariat misérable
dans les bidonvilles de banlieues et un enrichissement aussi rapide que
scandaleux dans les quartiers élégants.
Il ne faut surtout pas confondre « islamiques » et... « islamistes »,
nous dit-on aujourd'hui. Islam modéré, ouvert, tolérant, fraternel et...
intégrisme. Bons musulmans et... méchants terroristes. Et on a
parfaitement raison.
Seulement voilà... les « bons » musulmans (à nos yeux), ceux qui
sont, en effet, modérés, ouverts, tolérants, fraternels n'ont plus leur mot
à dire. Même s'ils sont encore - peut-être - majoritaires, ce ne sont plus
eux qui font la loi. Ils sont complètement dépassés - comme nos
dernières chaisières et nos derniers bedeaux de nos dernières
paroisses - par les événements, par les extrémistes, par l'histoire. Ils
n'osent plus maintenant boire leur anisette qui ne faisait de mal à
personne. Ce sont eux désormais qui rasent les murs, ou qui, pour
rattraper le train qui a démarré à grande vitesse, sont les premiers à
crier des slogans dans les mosquées et à imposer le port du voile à leur
femme et à leurs filles.
Ça ne sert à rien de nous raconter qu'il-y a un islam modéré, raisonnable et qui
accepte parfaitement la cohabitation la plus fraternelle, dès lors qu'il y
en a un autre, tout nouveau, dynamique, qui fait chaque jour des
adeptes - et surtout parmi les jeunes - et qui, lui, ne veut pas cohabiter,
collaborer, mais triompher et s'imposer partout.
Il y a aujourd'hui de pseudo-experts qui nous racontent que, même
parmi les intégristes, on peut trouver des gens parfaitement «
raisonnables » avec lesquels nous pourrions nous entendre, en y
mettant un peu de bonne volonté. Et ils nous citent les Frères
musulmans qui sont, en effet, des « notables » de l'intégrisme, les
héritiers de ce mouvement né en Egypte, à Ismaïlia, pendant rentre-deux-guerres et qui avait déjà tenté de réveiller l'islam. À entendre ces
spécialistes de l'islamologie moderne, les Frères musulmans seraient
parfaitement « fréquentables » et même tout à fait « récupérables » pour
peu qu'on accepte le dialogue avec eux.
Je me permettrai de vous rappeler une seule phrase d'Hassan el-Banna, le « guide suprême » des Frères musulmans, qui déclarait
textuellement en 1947 : L'islam est la doctrine, le culte divin, la patrie, la
nation, la religion et l'épée. Il est dans la nature de l'islam de dominer,
d'imposer sa loi à toutes les nations et d'étendre son pouvoir au monde
entier.
Je veux bien qu'on nous assure que les Frères musulmans sont les
plus modérés des intégristes, je veux bien qu'on nous dise que les
musulmans ont parfaitement le droit de vouloir dominer le monde, mais
je souhaiterais simplement qu'on admette que nous sommes forcément
en guerre avec ces gens-là, tout simplement parce qu'ils nous ont
déclaré... la guerre.
Je vous disais à l'instant que le « petit problème » de l'islam avait
toujours été le rapport qu'il établissait entre pouvoir religieux et pouvoir
politique. En souvenir du Prophète, de Médine, de la Conquête et des
premiers califes, beaucoup de musulmans dans le monde rêvent d'une
sorte de théocratie dirigée par un descendant du Prophète ou du moins
un docteur de la Foi, voire un protecteur des Lieux saints (comme en
Arabie Saoudite) ou un commandeur des croyants (comme au Maroc).
Mais, pendant des années, ce rêve ne fut qu'un vu... pieux, à peine
formulé, si ce n'est, sans doute, pour la petite minorité chiite qui, elle, a
toujours attendu le retour au pouvoir de l'Imam « occulté », du moins
jusqu'à l'arrivée de Khomeiny.
Avec le « nouvel islam », celui qu'on appelle « intégrisme », tout a
changé.
Créé par des politiques et non par des hommes de foi, cet islam-là n'est
pas fait pour vivre tranquillement avec sa conscience, à l'ombre des
minarets un peu délabrés, en attendant, paisiblement, de connaître
«tous les paradis d'Allah».
Non, pour les intégristes, il s'agit de recréer l'Oumma, la grande
communauté musulmane, d'un peu plus d'un milliard de fidèles
actuellement (un cinquième de la population mondiale), de la ressouder
sous la bannière de l'islam, de la galvaniser avec quelques slogans bien
troussés, de lui donner sa revanche contre la misère, le colonialisme,
l'impérialisme, le néocolonialisme, le capitalisme et tous les malheurs du
tiers-monde, et de la relancer, comme au VIe siècle, à la conquête du
monde.
Ne souriez pas. Il faut toujours se méfier des fanatiques qui, surtout
avec l'aide de Dieu, font rêver les foules malheureuses, acculées au
désespoir.
J'allais souvent en Iran à la fin des années 70. On disait que le shah
avait la cinquième armée du monde, l'un des pays les plus riches de la
planète, l'une des meilleures polices politiques de toutes les dictatures.
Et lui-même ironisait sur un vieil ayatollah barbu, à moitié gâteux, assis
depuis des années sur un tapis de prière et d'exil, en affirmant, avec un
certain manque d'élégance, il faut le dire, que Khomeiny se vautrait
depuis sa plus tendre enfance dans ses excréments.
Personne n'aurait parié un demi-baril de pétrole sur les chances de
ce vieil ayatollah de mettre un jour en péril le trône impérial de celui qui
se prenait pour le descendant de Darius (alors qu'il n'était, en vérité,
que le fils d'un cosaque illettré mais énergique).
Eh bien, en quelques semaines et quelques manifestations de foules,
le barbu à moitié gâteux a renversé le descendant de Darius, allié des
Américains, sa cinquième armée du monde et sa meilleure police
politique de toutes les dictatures !
En demandant à ses fidèles de prier cinq fois par jour, de faire l'aumône
et d'être tolérant? Non. En leur disant simplement que l'Amérique était
un « grand Satan », le shah un « usurpateur », la démocratie et le
modernisme des « inventions du diable » et qu'avec l'aide d'Allah le
miséricordieux les pauvres allaient pouvoir chasser les riches et
s'installer dans leurs palais, que les misérables du monde entier allaient
(à condition, bien sûr, d'être musulmans) pouvoir vaincre tous les
impérialismes de la planète et que l'Oumma allait enfin connaître sa
grande revanche de par le monde en imposant sa volonté et sa religion
à tous les infidèles qui l'avaient si longtemps méprisée. Khomeiny a,
dès le début, mené un combat politique et non pas religieux, et c'est ce
qui lui a permis de prendre le pouvoir.
II ne faut pas se faire d'illusion et continuer à vouloir croire que nous
avons en face (ou à côté) de nous, d'une part, une masse de « bons »
musulmans désirant cohabiter et collaborer avec nous et, d'autre part,
une petite poignée d'extrémistes intégristes prêts, eux, éventuellement,
à nous balancer des bombes. L'intégrisme risque de pourrir (ou de
régénérer, c'est comme on veut) tout l'islam.
Commentant un sondage de la Sofres révélant que seulement 14 %
des jeunes « beurs » de France étaient hostiles à l'intégrisme, Addil
Jazouli explique dans L'État de l'opinion : Les intégristes et leurs
réseaux ont inconstestablement le vent en poupe parce qu'ils apportent
une réponse toute faite au ressentiment existentiel, au vide identitaire et
aux difficultés d'intégration. Ils sont très actifs sur le terrain, porteurs de
solidarité, de cohésion et de vision collective. Ils jouent à leur façon sur
la différence en tenant aux beurs le discours suivant : « Quoi que vous
fassiez pour devenir français, vous serez toujours rejetés, handicapés
parce que vous êtes arabes et musulmans. » En face d'eux, ils ont des
jeunes qui veulent se constituer une identité de combat devant
l'adversité.
Si, de la Mauritanie à l'Indonésie, en passant par tout le monde
arabe, toute l'Afrique noire, la Turquie, les républiques d'Asie centrale,
l'Inde et la Malaisie, les mosquées sont, de nouveau, pleines à craquer,
ce n'est pas parce que tous ces peuples misérables ont été
brusquement touchés par la foi et veulent rencontrer Dieu. C'est parce
qu'on leur a soudain raconté que, grâce à l'islam, tout ce qui n'avait pas
été possible avec le nationalisme, l'anticolonialisme, le marxisme ou le
non-alignement allait enfin être possible, et qu'ils allaient enfin pouvoir
être heureux... en nous écrasant.
J'exagère ? Non. Mettez-vous, un instant, à la place d'un petit Algérien
et imaginez, une seconde, qu'il connaisse un peu l'histoire récente de
son pays.
On lui a d'abord raconté qu'ils étaient malheureux parce qu'ils étaient
occupés par un peuple qui les oppressait et les méprisait. Et c'est vrai
qu'ils n'étaient pas tous, tous les jours, très heureux. Ils sont donc
devenus nationalistes (ce qu'ils n'avaient jamais été), ont fait la guerre
et l'ont (plus ou moins) gagnée.
Comme ça n'a pas été, du jour au lendemain, le paradis promis, on
lui a alors raconté qu'après avoir fait la guerre il fallait faire la révolution.
Ils ont donc nationalisé, socialisé, « kolk-hozisé ». Et ça a été la
catastrophe.
L'indépendance n'avait servi à rien, le socialisme non plus. Ils se
retrouvaient infiniment plus malheureux qu'avant, inoccupés mais
envahis cette fois par une dictature d'incapables corrompus, avec du
pétrole dont ils ne voyaient jamais la couleur, du gaz dont ils ne
savaient pas quoi faire, une démographie de plus en plus galopante,
une population croupissante dans des HLM en ruine, et aucun espoir,
aucun avenir possible (si ce n'est celui de pouvoir, un jour, avec un peu
de chance, aller pointer au chômage dans l'ancienne puissance
coloniale honnie). Pas très réjouissant tout cela!
Là-dessus, le petit Algérien, qui passe ses journées assis, avec ses
copains, dans les escaliers de son HLM et ses soirées à regarder la
télévision, entend qu'à la mosquée du coin un jeune type, plein de talent
oratoire, traîne dans la boue le gouvernement détestable et incapable
du colonel Chadii - ou du général Zéroual - (ce que personne n'avait
jamais osé faire, mais le jeune type bénéficie, lui, de l'immunité des
mosquées), ridiculise la dictature du parti unique ou de ses
successeurs, en dévoilant tous les trafics auxquels se livrent les
dirigeants cooptés et leurs familles, et promet qu'en s'y mettant tous un
peu on peut balayer tout cela et créer un monde juste, de liberté, d'égalité et de fraternité (mais oui, c'est ce qu'ils disent) où chacun sera
heureux à la seule et unique condition d'être musulman. Le tout
naturellement avec l'aide de Dieu-le-Tout-Puissant.
Comme notre petit Algérien n'a rien d'autre - pas un sou, aucune
formation, aucun venir, aucun idéal - que cette vague appartenance à
une religion dont il ne connaît pas grand-chose, comment voulez-vous
qu'il hésite un seul instant?
Et d'autant plus qu'il a tout de même appris que « ça » avait marché
ailleurs - ne serait-ce qu'en Iran et au Soudan -, que « ça » ébranlait tout
le monde arabe et islamique et que « ça » terrifiait toute la planète et
notamment ces abominables pays occidentaux qui s'imaginent encore
pouvoir diriger le monde.
N'oublions d'ailleurs jamais, nous les démocrates qui avons un petit
million d'Algériens dans notre pays (et sans compter tous ceux qui ont
obtenu, sans qu'on sache très bien ni pourquoi ni comment, la
nationalité française, sans perdre pour autant leur nationalité
algérienne), que le jour où on leur a donné -par mégarde - la possibilité
de choisir démocratiquement des maires et des députés, les Algériens,
dans leur majorité, ont choisi les candidats intégristes dont l'unique
programme était d'instaurer une république islamiste en Algérie.
Qu'on ne nous raconte donc pas que les Algériens, dans leur très
grande majorité, sont de « braves » musulmans qui n'ont rien à voir avec
les intégristes et qui sont les premiers à condamner les excès verbaux
de cette poignée de fanatiques. Lors des deux consultations électorales
« libres », les Algériens ont voté majoritairement pour les intégristes. Ne
l'oublions jamais, même si aujourd'hui certains de ces Algériens qui ont
voté FIS et qui, depuis, se sont réfugiés en France nous affirment qu'ils
avaient voté FIS... par erreur.
Vous avez raison, Jean-Louis Debré a raison, tout le monde a raison en
disant qu'il ne faut jamais faire d'amalgame.
Toutes proportions gardées, Guy Mollet, François Mitterrand,
Maurice Bourgès-Maunoury avaient raison, en leur temps, en disant la
même chose et en affirmant que tous les Algériens n'étaient pas des «
fellaghas », membres du FLN. Ils allaient même encore plus loin en
répétant inlassablement que l'écrasante majorité des musulmans de
nos départements d'Algérie n'avait qu'un désir : rester français. La suite
des événements ne leur a pourtant pas donné vraiment raison. La
fameuse méthode Coué en politique n'a jamais facilité la lucidité.
Donc attention aujourd'hui ! Il est, certes, dangereux de faire des
amalgames, mais il est encore plus dangereux de prendre ses désirs
pour des réalités et de se fermer les yeux devant des évidences.
Je suis d'accord avec vous pour reconnaître que nos Maghrébins n'ont
sans doute pas été touchés par la foi islamique. Mais vous serez, j'en
suis sûr, en échange, d'accord avec moi pour imaginer sans peine que
ces centaines de milliers de Maghrébins, sans culture, sans formation,
au chômage, vivant dans des conditions souvent épouvantables dans
leurs ghettos, et sans aucun avenir, pourraient bien finir par avoir une
certaine attirance pour cette nouvelle idéologie qui leur promet à la fois
des lendemains enchanteurs et une fantastique revanche sur nous et
sur leur sort.
Oui, il y a un danger islamiste (je ne dis pas islamique) et c'est ce
danger qui depuis quelques années a considérablement aggravé le
problème de l'immigration en France.
On n'aimait pas passionnément les Arabes parce qu'on savait qu'ils
appartenaient à un monde qui mélangeait déjà trop la religion et la vie
quotidienne ; on les redoute, depuis une vingtaine d'années, parce
qu'on sait qu'un bon nombre d'entre eux considère l'Occident comme un
ennemi.
Combien y a-t-il de musulmans en France ? En principe, on ne
devrait pas pouvoir le savoir puisque la Commission nationale
informatique et liberté interdit qu'on interroge les gens sur leur religion,
ce qui prouve, une fois de plus, où nous conduisent certaines
aberrations de notre système.
La plupart des experts avancent cependant le chiffre de 4 500 000 qui
semble à peu près plausible et permet d'affirmer maintenant (et déjà
depuis un bon moment) que l'islam est la deuxième religion de notre
pays, lequel est de moins en moins « la fille aînée de l'Église ».
Si les musulmans sont encore loin derrière les 43 millions de
Français « baptisés catholiques », ils sont désormais loin devant les 900
000 Français protestants et les 750 000 Français juifs.
Dans ce chiffre approximatif de 4500000 musulmans résidant en
France, on compte aussi bien les 400 000 Français musulmans (les
harkis et leurs enfants) que des Français naturalisés d'origine
maghrébine, africaine, proche-orientale, voire turque, que les étrangers
(réguliers ou clandestins) de ces mêmes régions ou même que les... 40
000 Français « de souche » convertis à l'islam comme Maurice Béjart,
Roger Garaudy, Jacques Vergés ou Francis Perrin.
Il est intéressant de savoir que, selon leurs propres « Églises »,
seulement 12 % des catholiques « pratiquent régulièrement » (encore
faut-il préciser que les « moins de 25 ans » ne sont que 2 % à pratiquer
alors que les « plus de 60 ans » sont 22,5 %), seulement 10 % de
protestants « pratiquent régulièrement » et 50 % de juifs « pratiquent »
(c'est-à-dire mangent kasher, respectent les grandes fêtes religieuses
et vont plusieurs fois par an à la synagogue). Ce qui fait qu'il y a 5 160
000 catholiques, 90 000 protestants et 375 000 juifs qui « pratiquent »
leur religion dans notre pays. Mais il faut, bien sûr, noter que les non-pratiquants sont tout de même de « culture » chrétienne ou juive, deux
cultures qui, bien souvent, n'en forment qu'une, la fameuse culture
judéo-chrétienne.
Quel est le pourcentage de « pratiquants » pour les 4 500 000
musulmans qui vivent en France?
40 %, dit-on généralement, ce qui ferait 1 800 000 musulmans
pratiquants en France, étant bien entendu que les 60 % restants se
sentent « de culture musulmane », et d'autant plus que, selon certains
sondages, 38 % de ces non-pratiquants se disent « croyants », que 60
% des musulmans de France respectent le jeûne pendant tout le mois
du ramadan et 21 % pendant « quelques jours ».
Le chiffre exact des pratiquants musulmans est cependant
impossible à savoir. D'une part, parce qu'on peut parfaitement pratiquer
l'islam seul chez soi et, d'autre part et surtout, parce que les lieux de
culte musulman sont très souvent clandestins.
En 1966, il y a trente ans, il y avait 4 mosquées en France dont la
fameuse Grande Mosquée de Paris inaugurée en 1926. Aujourd'hui, on
estime qu'il y a au moins 2 000 mosquées et lieux de culte dans notre
pays. Une quarantaine à Paris, 500 en banlieue parisienne, et environ 1
500 en province, surtout, évidemment, dans le Nord, dans la région
lyonnaise, en Alsace et dans les Bouches-du-Rhône. (Il y a 35 000
paroisses catholiques encore « en .activité ».)
Il y a deux ans, vous vous en souvenez, on a inauguré la Grande
Mosquée de Lyon. Elle avait coûté 30 millions de francs dont 20 millions
avaient été offerts par le roi Fahd d'Arabie Saoudite, et elle avait surtout
été l'occasion d'un grand débat passionnel.
Fallait-il, oui ou non, autoriser la construction de mosquées en France?
D'après tous les sondages, les Français y semblent de moins en moins
favorables (30 % seulement sont favorables à la construction de
mosquées en France selon un sondage ÏFOP-Le Monde). Ils
considèrent ces nouveaux minarets dans le ciel de France comme
autant de provocations; ils se souviennent du mot de De Gaulle : Je ne
souhaite pas que Colombey-les-Deux-Églises devienne un jour
Colombey-les-Deux-Mosquées, et ils sont convaincus que ces
mosquées dissimulent en fait des casernes et parfois des arsenaux
pour une cinquième colonne bien dangereuse.
Mais on ne voit pas comment la République laïque pourrait interdire la
construction de mosquées dès lors qu'il y a des Français musulmans,
dès lors qu'elle autorise de très nombreux étrangers musulmans à venir
vivre en France et alors qu'elle n'interdit pas à des sectes farfelues (et
sans doute dangereuses) de construire leurs propres temples.
D'ailleurs ne vaut-il pas mieux avoir des mosquées « officielles » et donc
relativement contrôlables plutôt que de savoir qu'il y a des centaines de
« lieux de culte » islamistes dans des caves de HLM, dans des parkings
souterrains, dans des hangars, dans des arrière-salles de magasins ou
dans des usines abandonnées, lieux de culte qui, eux, sont bien sûr
totalement incontrôlables et qui donnent, en plus, à leurs fidèles le
sentiment d'être des clandestins persécutés et donc déjà en marge de
la légalité, ce qui les transforme, à leurs propres yeux, bien souvent en
« résistants », voire en « combattants » ?
Le problème pour les mosquées, c'est que nos textes n'ont rien prévu.
Notre législation, en ce qui concerne les lieux de culte de toutes
religions, s'en tient encore, pour l'essentiel, aux textes de la séparation
de l'Église et de l'Etat de 1905. Or, en 1905, personne n'avait prévu que
l'islam serait un jour présent en France, ce qui fait que les mosquées
bénéficient du plus grand flou juridique. Elles sont plus ou moins gérées
selon nos textes sur les... associations.
La Grande Mosquée de Paris est « gérée » par le gouvernement
algérien qui nomme qui il veut à sa tête (ce qui pose bien des
problèmes) et toutes les autres mosquées sont « gérées » par leurs «
bienfaiteurs », généralement étrangers, ce qui fait qu'on a, ici, une
mosquée « d'obédience » saoudienne, là une mosquée « d'obédience »
marocaine, ailleurs une mosquée « sous influence » iranienne ou
koweïtienne quand ce n'est pas un lieu de culte financé par les
extrémistes d'une « cité à risques » et dirigé par un jeune fanatique
clandestin qui s'est « autoproclamé » imam après avoir fait ses études
religieuses à Khartoum et quelques stages de formation militaire chez
les moudjahidin afghans et les groupes du GIA algérien.
Est-il normal qu'au nom de la laïcité et de la liberté de culte la France
laisse ainsi des puissances étrangères, voire des mouvements
terroristes internationaux, diriger, par pétrodollars et imams interposés,
des centaines de « sanctuaires » où, chaque semaine, des centaines de
milliers de résidents de notre pays viennent écouter la bonne parole?
Personne ne sait qui sont ces « imams » que nous envoient ces pays
étrangers ou qui se sont « autoproclamés » et qui peuvent enflammer
tous les vendredis (et d'ailleurs tous les autres jours de la semaine) un
auditoire, par définition, particulièrement réceptif.
Les Renseignements généraux se contentent parfois de relever que tel
« imam » a prôné la guerre sainte contre l'Occident, que tel autre a fait
l'éloge de Saddam Hussein, victime d'une coalition anti-islamique, que
tel autre a demandé la levée d'une armée de volontaires pour aller
combattre aux côtés des musulmans de Bosnie, victimes de la haine
des Occidentaux contre l'islam, que tel autre a affirmé qu'il fallait faire
payer à la France le soutien que son gouvernement apporte au régime
d'Alger.
On imagine ce qui se passerait si le curé de Saint-Philippe-du-Roule
demandait au cours de la messe de 11 heures, un dimanche matin, à
ses fidèles de se mobiliser pour jeter à la mer tous les musulmans
vivant en France ou simplement de rejoindre une brigade internationale
pour aller défendre, les armes à la main, les chrétiens du Soudan
massacrés par milliers et depuis des années par le régime islamiste de
Touraby.
Le ministre de l'Intérieur, qui est aussi « ministre des cultes »,
n'hésiterait sans doute pas une seconde - et il aurait raison - à faire
interner cet « homme de Dieu » pour incitation à la haine raciale et à la
violence, appel au crime et menace grave à l'ordre public. Mais, quand
on est hystérique, en France, il vaut sûrement mieux être imam que
curé...
Ce problème du contrôle des « imams » (et celui de leur formation)
est, sans conteste, l'un de ceux qu'il faudra que notre administration
règle au plus tôt.
Votre prédécesseur à l'Elysée avait cru bon de créer un « grand
séminaire » islamique dans la Nièvre, à Saint-Léger-de-Fougeret (près
de Château-Chinon, bien sûr) pour former des imams... aux frais de
l'Arabie Saoudite. Pourquoi pas ? Encore faudrait-il que quelqu'un ait
réfléchi sur ce que pourrait être un véritable islam « à la française »,
c'est-à-dire acceptant toutes les lois de la République, la laïcité, et le
fait que, jusqu'à preuve du contraire, la France, pays hôte, est un pays
majoritairement de culture chrétienne.
La question est de savoir si on pourrait former de vrais imams qui
rejetteraient énergiquement la polygamie, l'excision, le port du voile, la
situation inférieure de la femme, le principe de la guerre sainte (au sens
guerrier du terme), la théorie de l'Oumma - un « islam français » ne peut
pas faire allégeance à cette « internationale musulmane » - et qui
accepteraient comme une évidence que des musulmans ne soient
qu'une minorité religieuse dans une communauté laïque à majorité
d'infidèles. On peut aussi se demander si une université islamique
financée par l'Arabie Saoudite aura vraiment pour vocation première de
former des imams « modernes ».
À propos des « formateurs », ne pourrait-on pas aussi regarder d'un peu plus près les centaines
de « coopérants » (plus de 800 aujourd'hui) que les pays arabes nous
envoient pour faire, dans « nos » écoles primaires, des cours de langue
arabe aux enfants d'immigrés.
On sait que c'est en 1978 que le gouvernement a eu cette idée absurde
de créer des cours de « langues et civilisations d'origine » dans les
écoles primaires publiques de la République afin de permettre, disait-on, aux enfants d'immigrés de garder ou de retrouver « les racines
culturelles » de leurs ancêtres... pour qu'ils puissent plus facilement
s'assimiler à la société française !
Cette idée, on n'y insistera jamais assez, était - comme nous l'ont dit les
gens de Beaucaire - absurde sur le fond comme sur la forme.
Sur le fond, comment prétendre qu'on tente d'assimiler à la France, à
la langue française et à la culture française des enfants d'immigrés et,
en même temps, leur donner des cours d'une langue étrangère (que
leurs parents maîtrisent souvent mal) et d'une civilisation étrangère
(que leurs parents ignorent totalement) alors qu'ils ont déjà beaucoup
de difficultés à apprendre le français et la culture française?
Mais, nous dit-on, ces petits Maghrébins ne connaissaient rien ni de la
langue arabe ni de la civilisation arabe de leurs ancêtres.
Eh bien, justement, c'aurait pu être une chance d'en faire éventuellement des Français à part entière. Et non plus des « déracinés » qui
n'arrivent pas à s'y retrouver entre les vagues souvenirs de leurs
parents et le monde dans lequel ils vivent et qui les rejette, précisément
parce qu'ils ne sont encore enracinés ici.
Au lieu de ça, on préfère en faire des « demi-Arabes » qui
baragouineront mal leur langue « d'origine » et qui connaîtront à peine
quelques rudiments de la culture de leurs aïeux, mais ce qui leur sera
tout de même suffisant pour savoir qu'ils sont à tout jamais « d'ailleurs »,
qu'ils ne seront donc jamais comme leurs petits copains français. Qui a
bien pu imaginer que ces enfants qui ont déjà d'énormes difficultés de
scolarisation pourraient assimiler deux cultures pour se retrouver
confortablement assis entre deux chaises?
L'idée aurait pu être acceptable si nous avions vraiment cru un seul
instant que ces enfants étrangers n'étaient que « de passage » en
France et qu'ils allaient faire leur vie dans leur pays d'origine. Or ces
cours sont prévus, par définition, pour les enfants de la deuxième
génération, donc souvent nés en France et souvent de nationalité
française. Pas 1 sur 1 000 ne retournera jamais - si ce n'est, peut-être,
en vacances - dans son pays « d'origine ».
Vous me direz qu'on donne bien maintenant des cours de breton aux
petits Bretons. Oui, mais ils habitent en Bretagne et ce n'en est
d'ailleurs pas moins grotesque. On ferait mieux, après avoir bien appris
le français à ces petits Bretons comme à ces petits immigrés, de leur
apprendre l'anglais. Ça serait plus utile, ne serait-ce que pour trouver
un emploi. Mais nous reparlerons de cette prétendue politique
d'intégration.
Sur la forme, cette décision de 1978 était tout aussi absurde parce
qu'elle confiait aux pays « d'origine » le soin de choisir et de nous
envoyer les enseignants nécessaires à ces cours de langue et de
civilisation.
Résultat : aujourd'hui un certain nombre de pays, qui ne brillent
généralement pas par le niveau de leurs enseignants et souhaitent se
débarrasser de leurs enseignants les plus encombrants, se font un
plaisir de nous envoyer des propagandistes (de préférence islamistes)
pour « faire de la formation ».
De plus, comme vous le savez, quand on veut enseigner l'arabe, il
n'y a qu'un seul texte de référence : le Coran. Ainsi, depuis presque
vingt ans, nous avons dans nos écoles primaires publiques des
centaines de professeurs étrangers qui, sous couvert d'apprendre
l'arabe à des enfants français (ou étrangers mais à vocation de devenir
français), leur apprennent le Coran en lui donnant, bien sûr, les
interprétations de leur choix.
Alors que nous avions déjà d'énormes difficultés à assimiler nos
immigrés musulmans à cause de l'islam - et le fait que le grand texte
arabe soit le Coran prouve si besoin en était l'omniprésence de la
religion dans la culture arabo-islamique -, nous n'avons rien trouvé' de
mieux que d'installer des écoles coraniques dans nos écoles primaires !
Pour une fois je serai d'accord avec le journaliste du Monde
spécialiste des problèmes de l'immigration et qui écrit : Personne ne
contrôle réellement ni les contenus de ces enseignements ni les
méthodes, parfois autoritaires et peu conformes à la laïcité. Il arrive que
les enseignants étrangers liés au régime en place dans leur pays jouent
le rôle d'agent de prosélytisme, voire de renseignement parmi la
communauté immigrée (L'immigration, Le Monde Éditions).
Et après, on s'étonne qu'il y ait des incidents dans nos écoles, que les
jeunes « beurs » ou autres s'enrôlent dans l'islamisme, que les
terroristes islamistes soient des jeunes nés en France et ayant suivi
toute leur scolarité dans nos écoles et qu'il y ait eu la fameuse affaire
du voile des écolières!
Tiens, à propos, parlons-en de cette affaire du voile ! Car elle a été
tout à fait révélatrice de nos faiblesses.
De quoi s'agissait-il? En novembre 1989, quelques dizaines de gamines
ont soudain voulu aller à l'école affublées du voile que les intégristes
imposent désormais aux femmes dans les pays qui sont déjà,
officiellement ou pratiquement, passés sous leur coupe, l'Iran, le
Soudan, l'Egypte, l'Algérie, sans même parler de la péninsule arabique,
des pays du Golfe ou de certaines parties de la Malaisie et de
l'Indonésie.
Immédiatement, nos « bons esprits » ont déclaré que c'était la
moindre des choses, qu'il s'agissait là de la liberté individuelle et que
chacun avait parfaitement le droit, dans une démocratie laïque et en
vertu du fameux et redoutable « droit à la différence », d'afficher ses
croyances religieuses personnelles.
Parmi ces défenseurs du « hidjab », il y eut, bien évidemment, SOS-Racisme mais aussi, il faut le rappeler, le cardinal-archevêque de Paris,
le grand rabbin de France et, bien sûr, le recteur de la Grande Mosquée
de Paris. Si on peut, à la rigueur, comprendre que le recteur de la
Mosquée de Paris (qui est très contesté dans sa communauté pour
mille raisons) ait cru devoir faire un peu de démagogie avec ses
extrémistes, l'attitude du cardinal et celle du grand rabbin restent plus
inexplicables.
En fait, tout le monde savait pertinemment que les gamines en question
étaient le plus souvent des filles de militants intégristes de choc et qu'il
s'agissait simplement pour elles (et plus encore pour leurs pères) de
faire de la provocation pour voir quelle serait la réaction des autorités et
jusqu'où on pouvait tenter d'aller trop loin dans la France d'aujourd'hui.
Si le voile était passé, on aurait exigé - toujours au nom du respect des
croyances personnelles de chacun - la fin de la mixité des cours, puis
des aumôneries islamistes, puis le congé hebdomadaire du vendredi,
puis la fermeture partielle des écoles pendant le mois du ramadan, puis
une modification des cours d'histoire pour « intégrer » l'histoire
musulmane dans sa version islamiste, etc.
Il aurait été d'une simplicité biblique, pour n'importe quel gouvernement
digne de ce nom, de faire savoir que, si l'école obligatoire, laïque et
gratuite de Jules Ferry « tolérait » que les enfants arborent, en classe,
des signes « discrets » d'allégeance à leurs croyances (petite croix,
petite étoile de David, petite main de Fatma, etc.), il n'était pas question
une seule seconde que l'école de la République française admette des
démonstrations ostentatoires qui n'avaient d'ailleurs de religieuses que
le nom et qui étaient, en fait, totalement politiques.
Au lieu de ça, on a eu droit à un débat national, le Conseil d'État s'en
est mêlé, il a cru devoir affirmer que le port d'insignes religieux n'était
«pas incompatible avec la laïcité de l'école publique », les syndicats en
ont rajouté, chaque dirigeant politique a dit son mot et on s'en est sorti
pitoyablement en laissant, par une vague circulaire ministérielle, aux
directeurs d'établissement la responsabilité de décider si la France
devait, ou non, céder devant l'ultimatum d'une poignée d'extrémistes qui
affichaient d'ailleurs, depuis quelque temps, à chaque occasion, leur
haine de la France, de l'Occident, et leur mépris pour notre système
éducatif!
Et comme ces modestes fonctionnaires trouvèrent - à juste titre - que
ce n'était pas à eux de porter le chapeau mais à l'Etat de prendre son
courage à deux mains quand il s'agissait de la sauvegarde des grands
principes, ces braves chefs d'établissement s'en sont sortis, eux, en
affirmant généralement que le port du voile était incompatible avec... les
cours de gymnastique ! C'est la gymnastique qui a sauvé les principes
sacrés de laïcité et de neutralité politique à l'école ! L'État avait perdu là
une belle occasion de justifier son existence.
Une chose a tout de même été très étonnante dans cette « affaire du
foulard ».
L'un des directeurs d'établissement à avoir été parmi les plus
courageux dans ce « drame de conscience » national a été le principal
du collège Gabriel-Havez de Creil, un certain Emest Chenière qui, alors
que l'État balbutiait totalement à Paris, a eu le culot, dans sa province,
de dire publiquement que, tant qu'il serait en poste, jamais aucune
élève ne porterait le voile dans son établissement.
Le pauvre homme fut aussitôt traité de tous les noms. Un quotidien du
soir parla de l'attitude provocatrice de ce principal de collège auquel
l'irruption des médias avait fait tourner la tête. On accusa Chenière
d'être raciste et on nous affirma, à la télévision, que toute la population
de Creil le désapprouvait totalement et était scandalisée par son
attitude, provocatrice, précisément.
Or, d'une part, le petit principal du collège de Creil était... martiniquais
et le portait sur la tête, ce qui aurait pu lui épargner les accusations de «
racisme », et, d'autre part, comme vous le savez, la population qui,
paraît-il, le désapprouvait totalement... l'a élu triomphalemem député de
Creil en 1993.
Mais, dans ces faiblesses de notre part en face d'un islam reconquérant
qui voudrait (déjà) nous imposer ses lois, il y a plus grave que ces
gamineries du port du voile.
Prenez l'exemple de la polygamie. L'islam l'autorise, nous pas. Et alors,
que se passe-t-il?
D'abord, comme toujours, on nous ment. Les instituts officiels de
statistiques nous affirment qu'il n'y aurait qu'entre 3 500 et 8 000 cas de
polygamie en France.
Le Français moyen aura donc tendance à se dire que la polygamie
est un phénomène très marginal en France et que ce n'est vraiment pas
la peine d'en faire une histoire.
Puis il réfléchira et se demandera ce que nos statisticiens officiels
entendent par « cas ». Entre 3 500 et 8 000 cas, est-ce que ça veut dire
entre 3500 et 8 000 personnes ou entre 3500 et 8000 familles "? Ce
n'est pas du tout la même chose. Surtout quand il s'agit de familles
polygames à trois ou quatre femmes et quinze ou vingt enfants, ce qui
peut faire dans le meilleur des « cas » - 8 000 familles à 25 personnes
chacune - 200 000 personnes vivant sous le régime de la polygamie et
qui bénéficient des allocations familiales, des aides au logement, de la
Sécurité sociale ou de l'aide médicale, de l'enseignement gratuit, sans
parler du chômage ou du RMI. Et avec 20 enfants, ça commence à
chiffrer : un homme avec 4 femmes et 20 enfants touche 42 000 francs
par mois d'aides diverses de la part de la collectivité française. 504000
francs par an! Même s'il a la chance de travailler et de payer des
impôts, il les amortira rapidement...
Pour rassurer notre Français moyen sidéré, l'Institut national d'études
démographiques va lui affirmer que les seuls polygames de France sont
les Mandés, une charmante ethnie à cheval sur le Burkina-Faso et la
Côte-d'Ivoire, qui compte environ 2 millions de membres et dont environ
15 000 ont émigré vers les froidures de notre pays.
En réalité, nous avons aussi, comme polygames notoires et déclarés,
les Toucouleurs dufMali, de Mauritanie et du Sénégal, les Bambaras du
Mali et du Sénégal et les Séniankés du Mali.
Je ne vais pas vous faire un cours d'ethnologie, mais ça veut dire qu'en
gros la moitié des immigrés d'Afrique noire qui résident en France
vivent sous le régime de la polygamie, ce qu'a d'ailleurs confirmé le
ministère de l'Intérieur, en 1994, en révélant que plus de 200 000
Africains immigrés sur notre territoire vivaient en régime de polygamie.
C'était l'époque où, aussi stupéfiant que cela puisse paraître, un
ministre de l'Intérieur (Charles Pasqua en l'occurrence) était obligé de
se battre et de se débattre avec le Conseil d'État pour faire interdire la
polygamie en France.
Quand on parle avec vénération des avis du Conseil d'État -
magistrature suprême s'il en est et incarnation absolue de toutes les
valeurs du droit de la République -, il ne faudrait pas oublier qu'en 1980
un arrêt de ce fameux Conseil d'État (l'arrêt Montcho) a déclaré
froidement que..., la polygamie n'étant pas contraire à l'ordre public, les
étrangers polygames avaient parfaitement le droit de venir s'installer en
France avec toutes leurs femmes. C'est vous dire à quel point de
déliquescence en sont nos institutions, même les plus respectées!
Pasqua a eu finalement gain de cause, et la polygamie n'est plus
autorisée en France. Mais les lois - même les lois Pasqua -n'étant pas
rétroactives, les 200 000 Africains vivant sous le régime de la
polygamie d'avant ces lois continuent à vivre le plus légalement du
monde parmi nous avec tous les avantages afférents à leur condition.
Certains de ces polygames, me direz-vous, ont, depuis, divorcé de
leurs deuxième, troisième et quatrième femmes. C'est vrai. Pour se
mettre en règle avec nos lois et nos coutumes ? Pas du tout. Tout
simplement parce qu'ils ont compris qu'il était désormais plus
intéressant pour eux que leurs deuxième, troisième et quatrième
femmes touchent aussi l'allocation... « parent isolé » réservée aux
femmes seules !
Le plus « drôle », c'est que, si une Française « de souche » vit avec son
« concubin », elle ne peut pas toucher cette allocation « parent isolé »
puisque l'administration prouvera qu'elle n'est pas « isolée », alors que
les deuxième, troisième et quatrième femmes divorcées de notre ancien
polygame bambara pourront, elles, toucher cette allocation de « parent
isolé » même si, bien sûr, elles continuent à habiter sous le même toit
que leur ancien « mari ».
Pourquoi ? Parce que ledit ex-mari bambara est marié (avec sa
première femme), qu'il ne peut donc pas vivre « en concubinage » avec
toutes les autres (la morale républicaine ignorant les ménages à trois,
quatre ou cinq) et qu'il se contente donc - officiellement - de les «
héberger », ce qui n'empêche donc pas ces pauvres femmes soi-disant
divorcées d'être des « parents isolés » même si leur ex-mari continue à
leur faire un enfant tous les ans.
Je ne sais pas si vous m'avez bien suivi, mais demandez qu'on vous
prépare un petit dossier sur les polygames, les polygames divorcés, les
anciennes femmes de polygames divorcés vivant toujours sous le toit
de leur ancien mari et touchant l'allocation parent isolé. Ça vous fera
toucher du doigt certaines incohérences de notre législation quand elle
veut respecter les « cultures » et qu'elle s'y perd un peu.
Cela dit, ce qui est important dans cette affaire de polygamie, c'est le
fond du problème. Devons-nous, par respect d'une religion qui n'est pas
la nôtre, tolérer que certains transgressent nos lois sur notre territoire
ou devons-nous exiger que cette religion s'adapte à nos lois ou du
moins que ses adeptes acceptent nos lois?
Il y a, bien sûr, un exemple encore plus dramatique, c'est celui de
l'excision. Relativement peu pratiquée (semble-t-il) au Maghreb, elle est
généralisée, au nom de l'islam, en Afrique noire.
Peut-on, là encore, au simple nom du respect de croyances religieuses,
tolérer que des enfants soient ainsi mutilées sur notre sol ? Non, bien
sûr, même si les avocats des quelques Africaines condamnées par nos
tribunaux pour avoir fait exciser leurs fillettes nous ont toujours raconté
qu'il s'agissait d'une « tradition séculaire » et nous ont toujours affirmé
qu'une enfant non excisée qui retournerait dans son pays serait
considérée comme définitivement exclue de sa société.
On a envie de leur dire : Pas de ça chez nous ! Et si ça ne vous plaît
pas, allez faire ça chez vous. Mais on serait aussitôt taxé de racisme,
tout comme si on osait dire, ce qu'à Dieu ne plaise, que cette tradition
relève de « murs de sauvages ». Seulement nous n'osons pas dire les
choses.
Areski Dahmani, le président de France Plus (qui n'est pas français « de
souche »), nous donne, à juste titre, une leçon de cartésianisme quand
il déclare : On accorde le regroupement familial à un Malien sur des
critères techniques. Tout le monde sait que, dans la tradition culturelle
de cette famille, on pratique l'excision. Le jour où cette famille décide de
la pratiquer en France, alors la France se déchire, dénonce la barbarie.
[...] Si on avait assorti d'un texte clair le regroupement familial, énonçant
clairement : « Chez nous, il n'y a pas d'excision, pas de polygamie », si
on définissait des règles, les gens seraient tenus par contrat. Tout acte
contraire aux principes et aux valeurs de la République signifierait que
le contrat est rompu. Il a raison.
Je ne sais pas si vous l'avez noté, mais en juin dernier le tribunal
administratif de Lyon a eu le courage de considérer l'excision comme
une pratique mutilatoire au corps de la femme et à ce titre inhumaine et
dégradante. C'était la première fois que des magistrats français avaient
l'audace de juger aussi sévèrement une des grandes traditions de
l'islam.
Sur le coup, on se serait presque demandé ce qui avait bien pu pousser
soudain des magistrats à autant de bon sens. Eh bien, on a eu la
réponse aussitôt.
Il ne s'agissait pas pour eux de condamner des murs de sauvages
pratiquées par des étrangers sur notre sol. Non, ça, on n'ose pas y
toucher. En dix ans, il n'y a eu que 15 procès pour excision en France
(généralement à la suite de la mort de l'enfant) et dans l'écrasante
majorité des cas les coupables n'ont été condamnés qu'à des peines
avec sursis. Non, les magistrats du tribunal administratif de Lyon ont
condamné l'excision pour... annuler une décision du préfet de la Loire
qui avait donné ordre d'expulser une Guinéenne en situation irrégulière.
Et l'avocat de la Guinéenne clandestine en question avait eu l'idée
(assez extraordinaire) de faire remarquer que, si on expulsait sa cliente
et ses deux fillettes..., celles-ci risquaient d'être excisées à leur arrivée
dans leur village guinéen.
La France a donc accordé, pour la première fois de son histoire, en juin
1996, le droit d'asile à une femme parce que ses deux fillettes
risquaient l'excision dans leur pays d'origine. C'était une véritable
révolution dans la conception même du droit d'asile.
Si cette décision faisait jurisprudence, comme il y a environ 38 millions
de musulmans dans les seuls pays d'Afrique noire francophones où l'on
pratique l'excision, nous devrions accueillir cette foule immense pour
protéger ses enfants contre une pratique, en effet, mutilatoire,
inhumaine et dégradante...
Il faut avouer qu'entre un Conseil d'État qui admet la polygamie et un
tribunal lyonnais qui condamne l'excision au point d'en faire une raison
d'accorder le droit d'asile, les Français peuvent s'y perdre un peu et les
étrangers s'y retrouver asez bien.
Oumma, confusion du pouvoir religieux et du pouvoir politique, volonté
de revanche (sur les croisades, sur le colonialisme, sur l'impérialisme),
de reconquête (après les échecs du nationalisme et du socialisme),
djihad, polygamie, excision, on voit que le problème de cohabitation
avec des musulmans ne se limite pas à la viande de porc surtout quand
il s'agit de musulmans « régénérés » par l'intégrisme qui exige tout, tout
de suite.
Et on comprend pourquoi certains Français osent avouer qu'il est pour
eux plus difficile d'accueillir fraternellement des Maghrébins ou des
Africains que des Flamands, des Napolitains ou même des
Cambodgiens bouddhistes qui ne veulent plus entendre parler du Sud-Est asiatique, de politique, de guerre, et qui sont, eux, très
reconnaissants à la France de leur donner une chance de refaire leur
vie.
Cela dit, s'il est sûrement beaucoup plus désagréable encore pour un
Français « de souche » d'habiter à la Goutte-d'Or dans un immeuble
peuplé à 90 % de Maghrébins qu'à la porte d'Italie dans un immeuble
peuplé à 90 % d'Asiatiques - et tout le monde le reconnaît aujourd'hui -,
la communauté musulmane représente-t-elle un « danger » pour la
France ?
Je ne parle pas ici des dangers économiques, sociaux ou culturels
(chômage, poids des allocations et aides en tout genre, perte de
l'identité culturelle française, etc.). Les immigrés, musulmans ou non,
font courir les mêmes risques, et si les Maghrébins et les Africains
pèsent, là, beaucoup plus lourd que les autres, ce n'est pas en raison
de leur appartenance à l'islam mais parce qu'ils sont plus nombreux et
d'un niveau socioculturel nettement inférieur aux autres immigrés.
On peut d'ailleurs dire que sur le plan culturel l'influence de l'islam ne
fait que décroître avec la radicalisation de l'intégrisme. Même nos chers
intellectuels qui admiraient béatement toutes les valeurs de l'islam
accueillant, modéré, commencent à déchanter sérieusement en voyant
que les paroles du Prophète peuvent être interprétées d'une manière
pour le moins peu attirante. On assiste même à certaines reconversions
au christianisme de chrétiens qui avaient cru devoir se convertir à
l'islam.
Non, je parle d'un danger pour la sécurité nationale. Peut-on, oui ou
non, considérer que la présence de ces 4 500 000 musulmans en
France ressemble à celle d'une sorte de « cinquième colonne », comme
le disent certains ?
Il y a quelques années, une telle question n'était posée que par
quelques « dingos » aux fantasmes grotesques et même dangereux
même si Gaston Defferre déclarait textuellement, dès 1982 (à Claude
Lanzmann, dans Les Temps modernes) : La religion musulmane a pris
un caractère nouveau, en partie tout au moins, depuis que l'intégrisme
s'est répandu. Aujourd'hui, et cela je l'ai constaté dans mes fonctions
actuelles de ministre de l'Intérieur, les consignes venues d'Iran sont des
consignes d'agression et de violence. Peu à peu les intégristes
prennent pied dans les mosquées, en deviennent les responsables ou
les dirigeants, font du prosélytisme et de la propagande. C'est
dangereux car ils peuvent devenir des relais quand les attentats sont
perpétrés et ça c'est vraiment intolérable. Cela rend, en outre, la
cohabitation des communautés beaucoup plus problématique [...] cela
va provoquer un trouble, une inquiétude, une colère chez les Français.
Quatorze ans plus tard, les policiers et certains services spécialisés
prennent de plus en plus au sérieux cette menace d'une « cinquième
colonne islamiste ».
Depuis que l'islamisme s'est répandu dans nos banlieues, notre
communauté musulmane a été confrontée à deux événements
importants : la guerre du Golfe en 1990 et la (nouvelle) guerre d'Algérie.
Il ne fait guère de doute que les jeunes musulmans de France ont plus
de sympathie pour Saddam Hussein que pour l'émir du Koweït et plus
d'admiration pour Abassi Madani et AU Ben-hadj que pour le général
Zeroual.
Or, nous devons le constater, y insister et nous en réjouir, la
communauté islamique de France n'a pratiquement pas bronché.
Mis à part quelques mini-manifestations de soutien (du bout des lèvres)
à Saddam Hussein, cette communauté a adopté, aussi bien à propos
de la guerre du Golfe qu'à propos des « événements » d'Algérie, le profil
le plus bas possible quand elle n'a pas tout mis en uvre pour nous
faire comprendre qu'elle n'avait aucune raison de prendre position dans
ces affaires qui ne la concernaient pas, en nous suppliant de ne pas
faire d'amalgame.
Pour ce qui est de la guerre du Golfe, on ne peut pas reprocher à la
communauté musulmane de ne pas avoir fêté dans l'allégresse la
victoire des troupes françaises (et alliées) sur celles de Saddam
Hussein, nous ne l'avons guère fêtée, nous non plus.
Et la sympathie que nos jeunes musulmans pouvaient éprouver pour
Saddam Hussein n'avait sans doute guère de rapport avec une
quelconque solidarité islamique. Même si le dictateur irakien s'est
brusquement, pour les besoins de sa mauvaise cause, présenté en
porte-drapeau de l'islam, il est plutôt « moins musulman » que l'émir du
Koweït ou le roi d'Arabie, gardien des Lieux saints, et le baassisme dont
il se réclame a, sans conteste, été la famille politique la plus laïque de
toute l'histoire du monde arabe. -
Non, Saddam Hussein a davantage séduit (et ce n'est pas moins grave
d'ailleurs) nos jeunes musulmans parce qu'il défiait l'Occident et les
régimes arabes établis que parce qu'il prônait, soudain et d'une voix un
peu éraillée, les valeurs de l'islam en lançant un appel désespéré à la
solidarité de l'Oumma. Envahissant le Koweït, il a rappelé aux peuples
arabo-islamiques l'éclat de rire de Nasser nationalisant le canal de Suez
en 1956. Et, dans leur misère, ces peuples adorent les hommes «
providentiels » qui osent cracher à la face de l'ordre établi et plus
encore de l'Occident.
Mais cette guerre du Golfe était une vraie guerre, la France s'était
engagée dans un camp et nos musulmans ont sans doute compris que
ce n'était vraiment pas le moment de nous faire part de leur état d'âme.
Pour ce qui est des « problèmes » (bel euphémisme !) que connaît
l'Algérie d'aujourd'hui, les choses sont, bien sûr, plus compliquées.
Quels sont les risques que cette guerre civile dégénère chez nous?
Pour l'instant, on n'est sûr que d'une chose. Cette guerre civile
algérienne a pratiquement mis fin à un scandale qui outrait beaucoup
de Français « de souche » : les jeunes Français d'origine algérienne,
binationaux, ne vont plus faire leur service militaire en Algérie.
On sait que, en vertu d'accords délirants signés en 1984, ces «
binationaux » franco-algériens ont le droit de choisir de quel côté de la
Méditerranée ils souhaitent effectuer leur service, et que trois sur quatre
d'entre eux choisissaient l'Algérie, offrant ainsi un argument de poids à
certains adversaires de l'immigration et à ceux - hélas plus rares - qui
prônent encore l'assimilation contre l'intégration. Mais cette volonté de
servir plutôt le pays de leurs ancêtres que le pays qui les a accueillis
semble s'être estompée très prudemment depuis quelque temps. Et il
n'est pas impossible que la suppression du service militaire en France
augmente encore davantage le nombre de ces « binationaux » préférant
soudain la France à l'Algérie, du moins pour ce qui est des obligations
militaires à remplir.
Cela dit, on peut, bien sûr, interpréter très différemment ce refus des
jeunes « binationaux » d'aller faire désormais leur service en Algérie. On
peut imaginer, par exemple, que, se sentant proches des islamistes
d'Algérie, ces jeunes binationaux n'aient guère envie d'aller « casser de
l'islamiste » dans les djebels ou la casbah et moins encore celui d'aller,
en uniforme de l'armée algérienne, se faire massacrer par les rebelles
d'aujourd'hui. Mais ils pourraient alors rejoindre les maquis du FIS ou du
GIA. Bien rares, semble-t-il, sont ceux qui l'ont fait jusqu'à présent. (Il
faut noter que nous avons ce même type de « convention » avec un
certain nombre d'autres pays et qu'ainsi d'autres « binationaux » peuvent
faire leur service militaire dans une armée étrangère et être ainsi
dégagés de leurs obligations militaires en France.)
Pour le reste, nous n'avons aucun moyen de connaître l'engagement
réel de nos immigrés musulmans aux côtés des intégristes algériens.
Certes il y a eu des incidents graves. La vague d'attentats de 1995 et
l'affaire des islamistes truands de Roubaix, notamment.
Pendant quelques semaines, la France a cru que la guerre d'Algérie
allait dégénérer sur son sol et que le FIS allait, par l'intermédiaire de
ses relais dans la communauté musulmane de France, faire payer à
Paris la politique de soutien massif et (hélas) inconditionnel du
gouvernement français à la dictature militaire en place à Alger.
Après nous avoir fait vivre quelques romans d'espionnage et de
politique-fiction avec organigrammes compliqués d'organisations
clandestines, trafics d'armes à l'échelle continentale, transferts de fonds
à l'échelle mondiale, les experts en clandestinité ont bien été obligés de
reconnaître que la vague d'attentats avait été l'uvre d'une minuscule
poignée de fanatiques et de jeunes marginaux délinquants, et que
l'affaire de Roubaix relevait au moins autant du banditisme que de
l'islamisme et qu'en tout cas ces deux affaires ne pouvaient pas être
considérées comme le début d'une insurrection des islamistes de
France ou même comme la preuve irréfutable de l'organisation d'une
toile d'araignée tissée par l'islamisme sur tout notre territoire.
Khaled Kelkai abattu devant son Abribus, une dizaine d'islamistes mis
sous les verrous, les attentats meurtriers se sont arrêtés, et Rachid
Souindi, Saïd el-Laïhard et Omar Zemmiri éliminés à Roubaix, les «
braquages » islamo-délinquants ont pris fin dans le Nord.
Que les jeunes Maghrébins de nos cités aient fait de Kelkai un héros
n'a rien de surprenant. Toutes nos télévisions en avaient déjà fait un
héros en le présentant comme « l'ennemi public numéro 1 », et le
responsable irresponsable qui a fait diffuser sa mort en direct sur nos
écrans n'aurait pas agi autrement s'il avait voulu créer des émules au
petit tueur et provoquer des vocations de vengeurs.
Là encore, cette sympathie de nos jeunes arabo-islamistes pour Kelkai
n'avait d'ailleurs rien à voir avec une quelconque solidarité islamique.
Elle était plus simplement le résultat d'une solidarité de marginaux
envers l'un des leurs qui avait osé défier le pouvoir établi (par- définition
« oppresseur ») et le faire trembler un moment.
Cela dit, il est tout de même très révélateur qu'aussi bien Khaled Kelkai
et ses quelques amis que la petite bande de Rou-baix qui, les uns
comme les autres, se sont lancés de leur propre initiative dans le
terrorisme islamiste aient été tous des immigrés de la deuxième
génération, ayant passé leur enfance à Vaulx-en-Vélin, à Lille ou à
Roubaix.
Sans faire la moindre généralisation, cela laisse tout de même supposer
que - grâce à tous les échecs de toutes nos politiques d'insertion,
d'intégration et de « respect des différences » - la « révolution islamiste »
possède au sein de notre communauté islamique un vivier dans lequel
elle pourrait puiser.
Au cours des deux dernières années, la police a arrêté « quelques
centaines » de militants islamistes et découvert chez eux un grand
nombre d'armes, de matériel explosif, de fausses pièces d'identité ainsi
que des sommes d'argent importantes.
Quelques centaines de militants islamistes au milieu de 4500000
musulmans, ce n'est rien.
Mais, en 1954, les premiers militants du nationalisme algérien n'étaient
que quelques dizaines. Et, si nos responsables politiques d'alors
avaient eu un minimum de bon sens, ils auraient dû se demander si ce
nationalisme algérien naissant avait une chance de « prendre » dans ce
« terreau » qu'on continuait, à Paris, à considérer comme des
départements français.
Or il était évident qu'après la défaite de 1940, les répressions dans la
région de Sétif en 1945, les errements de la IVe République, la perte de
l'Indochine et surtout le réveil du nationalisme arabe (soutenu par
Moscou), notamment en Egypte avec l'apparition du nassérisme, les
Arabes d'Algérie qui vivaient dans des conditions difficiles ne pouvaient,
à la longue, qu'être sensibles à la propagande nationaliste.
On doit, aujourd'hui, se demander si nos immigrés musulmans ne
pourraient pas, eux aussi, finir par être sensibles à la propagande
islamiste, après tous les échecs de toutes nos politiques d'insertion,
d'intégration, de la ville, des quartiers sensibles, des zones prioritaires,
etc., et devant l'inévitable dégradation de leurs conditions de vie, due
essentiellement au chômage, ainsi que devant la montée, plus que
prévisible, d'une certaine forme de xénophobie chez les Français « de
souche », de plus en plus réceptifs aux slogans de l'extrême droite.
Pour l'instant, dans nos confortables administrations, dans nos
hémicycles cossus, dans nos palais dorés, on évoque le « mal de vivre »
des banlieues, la « crise de personnalité » des jeunes immigrés, voire
l'inquiétante multiplication des « zones de non-droit ». Toutes ces
expressions de technocrates décrivent bien mal la réalité. Et quand on
se promène dans ces zones de non-droit, on a surtout l'impression que
ce « mal de vivre » et cette « crise de la personnalité » ressemblent, en
fait, à une gigantesque bombe à retardement.
Personne ne prête la moindre attention à un phénomène qui est
pourtant pour le moins inquiétant et qui prend une ampleur
considérable.
Depuis quelques années, des milliers d'associations, d'amicales,
d'organisations en tout genre (10000, dit-on) se sont constituées dans
tous les quartiers, toutes les zones, toutes les banlieues à forte
population musulmane.
Certaines de ces associations sont « déclarées » et reçoivent du
même coup de substantielles subventions de l'État, des régions, des
départements ou des villes. D'autres sont plus ou moins clandestines,
autofinancées, autogérées. Toutes disent, en principe, avoir pour seul
objectif d'améliorer la vie quotidienne des immigrés. Et il faut
reconnaître qu'elles font un travail-considérable.
Cela va de l'alphabétisation des adultes à l'encadrement sportif des
jeunes, en passant par l'aide aux mères de famille trop nombreuse,
l'accompagnement scolaire des écoliers, l'aménagement du « cadre de
vie », etc. Quelques-unes vont même plus loin. Elles se sont lancées
dans la chasse (musclée) aux dealers pour tenter d'éradiquer le fléau
de la drogue qui fait des ravages considérables dans ces zones.
Tout le monde a, naturellement, trouvé tout ça très bien. On nous a
même expliqué sur tous les tons qu'il fallait encourager ces jeunes qui
prenaient en main leurs destinées, qui retroussaient leurs manches
pour faire quelque chose, qui retrouvaient le sens de la solidarité, de la
responsabilité, de la vie communautaire.
Pas un seul commentateur ne s'est permis de faire remarquer que
toutes ces missions que voulait remplir cette ribambelle d'associations
étaient, en fait, du domaine de l'État et qu'il était donc étonnant que la
collectivité finance des associations d'amateurs mal formés pour
remplir, avec les fonds publics, des tâches qui revenaient, par
définition, à l'État ou aux collectivités locales. À croire que, devant
l'importance des charges sociales, l'État et les collectivités locales
préfèrent, eux aussi, employer « au noir » des amateurs plutôt que de
recruter, comme on nous y incite pourtant, des... « travailleurs de proximité ».
Mais, la « vie associative » étant à la mode, chacun - à commencer
par l'État et lès collectivités locales - semble ravi de voir des «
particuliers » suppléer, au nom de la participation et de l'initiative
personnelle, l'État démissionnaire, même si c'est aux frais de l'Etat et si
on ne sait pas très bien ce que font ces soi-disant braves jeunes gens,
soi-disant pleins de bonnes intentions, avec les deniers publics.
On voit, désormais et depuis quelque temps, dans de très nombreuses
banlieues « difficiles », des municipalités donner des sommes
importantes, des locaux spacieux, des véhicules confortables et leur
bénédiction à des associations qui se font fort de rétablir l'ordre et un
semblant de vie normale au sein de cités particulièrement sensibles. Il
faut d'ailleurs dire la vérité :
plus personne, ni la police ni les fonctionnaires municipaux, n'osait bien
souvent depuis bien longtemps mettre les pieds dans ces cités-là. D'où
l'évidente satisfaction des responsables démissionnaires de voir
quelques bonnes âmes volontaires pour s'en occuper.
Et ce n'est qu'aujourd'hui que les plus lucides s'aperçoivent dans quel
piège ils sont tombés.
Oui, ces associations de jeunes musulmans bien décidés à faire
changer les choses ont effectivement, comme le disaient les ministres,
il y a quelques années, fait un travail considérable :
elles ont totalement pris en main certains quartiers, imposé un minimum
d'ordre, organisé la vie des gosses en dehors des heures d'école, la vie
des jeunes filles, celle des mères de famille, mis la main sur les bandes
de délinquants qui se livraient à tous les trafics y compris celui de la
drogue, organisé tant bien que mal la vie de toute la communauté.
On ne peut pas dire que l'argent qui leur a été donné ait été dilapidé.
Seulement, dans bien des cas, ces jeunes musulmans qui semblaient
scandalisés par le non-droit, la délinquance, l'abandon dans lesquels
sombraient leurs cités et qui voulaient « faire quelque chose » étaient de
jeunes islamistes. On aurait pu s'en douter !
Alors, ils ont fait dans nos banlieues exactement ce que les premiers
militants intégristes avaient fait dans la banlieue de Téhéran, dans celle
du Caire ou dans celle d'Alger. À la seule différence près que chez nous
ce ne fut pas avec l'argent du pétrole mais avec le nôtre.
Ils se sont présentés en chefs scouts, en travailleurs sociaux, en
organisations caritatives. Ils ont fait « du social ».
À Téhéran, au Caire, à Alger, les intrégristes ont commencé par
noyauter la population en construisant de petits dispensaires, de petites écoles (coraniques), de petits ateliers, de petites
aires de jeux pour les enfants dans les quartiers totalement
abandonnés à la misère par le pouvoir. Ça les a rendus sympathiques à
la population. Au passage, naturellement, ils édifiaient de temps en
temps une petite mosquée.
En quelques années, ils ont réussi à enrégimenter toute la jeunesse
dans des organisations sportives et paramilitaires, toutes les femmes
dans des associations de mères de famille, d'aides-infirmières, etc., et
tous les hommes dans de pseudosyndicats de travailleurs, de quartier,
de défense des intérêts locaux. Le tout très bien structuré, très bien
encadré avec une hiérarchie de sous-émirs, d'émirs et de super-émirs
qui, le jour venu, pouvaient donner ordre à toute cette foule d'aller au
pas cadencé manifester contre le régime ou désigner n'importe qui pour
aller déposer une bombe quelque part.
On n'a pas assez dit que les intégristes iraniens, égyptiens ou algériens
avaient réussi à ramener les foules vers les mosquées en commençant
par « faire du social », là où, c'est vrai, les pouvoirs respectifs avaient
oublié d'en faire.
Comme nous avons toujours une guerre de retard, nous en sommes
encore à relire les uvres complètes de Mao Tsé-toung pour savoir
comment se prépare une révolution. Nous devrions pourtant savoir que
la dernière vraie révolution n'est pas celle de Mao mais celle de
Khomeiny, et étudier avec soin comment le premier intégrisme a
recruté, encadré, formé ses troupes avant de les lancer dans la bataille.
Les intégristes de France ont repris exactement le même système.
Et d'ailleurs pourquoi voudriez-vous qu'un jeune Maghrébin de nos
banlieues se mette soudain à jouer les saint Vincent de Paul et les
Mère Teresa Bu sein de sa communauté?
S'il est brillant et décidé (et les dirigeants de toutes ces associations le
sont) et qu'il croie à l'assimilation, il n'aura qu'un but : fuir son ghetto au
plus tôt et s'assimiler le plus vite possible à l'extérieur de son ghetto.
C'est ce qu'a réussi à faire une minuscule poignée d'entre eux.
S'il reste dans son ghetto et qu'il tente de l'organiser, ne vous faites
aucune illusion, c'est qu'il ne croit pas (ou plus) à l'assimilation et qu'il
pense qu'il faut mobiliser ces masses d'exclus pour leur permettre
d'imposer un jour la reconnaissance de leur existence et de leurs droits.
D'ailleurs, pour être volontaire pour ce genre de travail « social », il
faut bien évidemment être « motivé » par une foi ou une idéologie
quelconque. Ceux-là ont souvent les deux en un : l'islam et l'intégrisme.
Vous ne me croyez pas ? Eh bien, ce n'est pas difficile à vérifier. Les
rapports de vos préfets vous affirment que ces associations ont réussi
dans bien des cas à pénétrer dans « les zones de non-droit » et à y
imposer un minimum d'ordre. Il est donc de bon ton de s'en réjouir.
Mais, juste une question un peu naïve : est-ce que ça veut dire que la
police et les fonctionnaires locaux (ou même de l'EDF) peuvent de
nouveau retourner dans ces zones de non-droit et y faire leur travail ?
Pas du tout. Ça veut dire que ces associations gèrent maintenant la
sécurité de ces quartiers et que les policiers qui les observent de loin à
la jumelle s'aperçoivent que les petits caïds, chefs des petites bandes
qui tenaient sous la terreur les habitants du quartier, semblent
maintenant reconnaître l'autorité suprême de celui que nous
considérons comme le responsable de l'association, mais qui, sur place,
se fait bien souvent appelé « l'émir ».
Est-ce que ça veut dire que, par exemple, le trafic de la drogue a
disparu dans ces zones de non-droit? Pas du tout. D'ailleurs, on le
saurait, des réseaux auraient été démantelés, des trafiquants auraient
perdu leur clientèle et le taux des drogués aurait sensiblement baissé,
ce qui n'a pas été le cas, bien au contraire. Le trafic de la drogue n'a
pas disparu, mais ce sont les responsables de certaines de ces
associations qui ont pris en main ces trafics de stupéfiants, et on est
ainsi passé de trafics un peu improvisés par des petits loubards à
quelque chose de beaucoup mieux organisé.
D'ailleurs, quand on parle d'alphabétisation, d'accompagnement
scolaire, d'encadrement des jeunes filles, de quoi s'agit-il ? Est-ce que
toutes ces associations, financées - répétons-le - le plus souvent par
des fonds publics, donnent des cours de français, aident les enfants à
réviser leurs leçons, apprennent aux jeunes filles les rudiments du
contrôle familial, de l'hygiène ou de la protection maternelle et infantile?
Pas du tout.
Le plus souvent, on apprend aux adultes à écrire l'arabe classique, aux
enfants à ânonner le Coran, aux filles à porter le voile.
Ayant nous-mêmes instauré les cours de langue et de civilisation
d'origine, nous ne pouvons guère reprocher à ces jeunes gens « pleins
de bonne volonté » de tout faire pour redonner leurs « racines » à nos
immigrés...
Mais nous pourrions peut-être ne pas être plus naïfs qu'il ne faut et
nous demander, par exemple, pourquoi telle association sportive de la
banlieue de Lille a, avec nos subventions, financé un (petit) terrain de
football et... deux lieux de culte ; pourquoi telle association lyonnaise
pour l'alphabétisation a organisé (et offert à ses membres) un
pèlerinage à La Mecque ; pourquoi on a donné des crédits à un
binational franco-algérien du Nord pour créer « un centre récréatif pour
les jeunes » alors que ce garçon est recherché par toutes les polices
algériennes qui le considèrent comme un terroriste et qu'il a passé deux
ans dans les camps d'entraînement afghans de Peshawar, ce qui n'est
peut-être pas la meilleure des formations pour animer des centres
récréatifs, etc.
Naturellement, vous pourrez me citer quelques associations « de
quartier » qui font un excellent travail en faveur de l'assimilation avec de
jeunes « beurs » un peu diplômés qui tentent de sortir les enfants de
leur immeuble, de l'oisiveté, de la délinquance ou de la drogue, mais il
s'agit de cas, hélas, tout à fait marginaux.
L'essentiel du « mouvement associatif » d'aujourd'hui - qui ne se sert
pas de l'islam pour remettre sur le droit chemin les jeunes (et moins
jeunes) immigrés mais qui se sert du « social » pour les conduire vers
les mosquées - est entre les mains des intégristes. Il faut simplement le
savoir.
Votre ami Gérard Larcher, le sénateur-maire RPR de Ram-bouillet, a
parfaitement raison d'écrire dans son rapport sur les banlieues :
Certains maires sont, hélas, prêts à tout pourvu que les voitures ne
brûlent plus dans leur commune. Les pouvoirs publics cèdent au
chantage des islamistes qui se présentent comme les meilleurs acteurs
sociaux, capables de maintenir l'ordre dans des quartiers difficiles où
aucun policier n'ose s'aventurer. Peut-on accepter indéfiniment une telle
démission de l'État?
Ce rapport de Larcher aurait dû ouvrir les yeux des responsables et
conduire à une immédiate remise en cause de toutes les subventions
que nous accordons à tort et à travers à toutes ces associations de
quartier islamo-culturelles. Ai-je besoin de vous dire que ce rapport a
été immédiatement enterré ? Comme tous les rapports évoquant d'une
manière ou d'une autre les problèmes de l'immigration./
Aujourd'hui, on nous dit qu'il y a en France des réseaux de soutien du
FIS qui, en rackettant tous les commerçants arabes, collectent des
fonds, qu'ils font transiter des armes vers l'Algérie, et que le danger
serait qu'un jour ces réseaux ne veuillent, par la violence, obliger Paris
à « lâcher » le gouvernement d'Alger. C'est une évidence et on veut
croire que nos services spécialisés ont une assez grande connaissance
des milieux en contact réel avec le FIS pour pouvoir parer à toute
éventualité.
Mais le vrai danger est ailleurs. Il est dans cette formation, par le travail
de fourmi de toutes ces associations « socioculturelles » de quartier,
d'une véritable « communauté islamiste » qui pourrait vouloir changer les
choses non plus seulement en Algérie, mais en France même.
On peut estimer à au moins 1 500 000 le nombre actuel des musulmans
de France qui, vivant dans des quartiers et des conditions difficiles
(chômage, exclusion, etc.), sont « travaillés au corps » par ces «
missionnaires de l'intégrisme » déguisés en travailleurs sociaux, boy-scouts ou moniteurs de sport, quand ce n'est pas carrément en imams.
« Travaillés au corps », ça veut dire « chauffés à blanc ». On commence
par apprendre aux jeunes à jouer au football, puis on leur apprend le
Coran, puis on leur apprend les rudiments de la « morale » islamiste - et notamment le devoir pour tout bon musulman de
combattre les infidèles -, puis on leur fait remarquer qu'ils n'ont pas leur
place dans la société judéo-chrétienne capitaliste qui les méprise, que
les musulmans sont toujours les victimes de la police, de la justice, du
chômage, et qu'ils n'ont donc aucun espoir dans cette société telle
qu'elle est et dans laquelle ils sont pourtant de plus en plus nombreux.
Quand certaines de ces associations affirment déjà : Nous allons
réclamer, par tous les moyens, que la France reconnaisse tous nos
droits, ça veut dire quoi?
« Tous nos droits », est-ce que ça signifie l'instauration du droit coranique pour la
communauté musulmane, le port du voile obligatoire pour les femmes
musulmanes, l'organisation d'une véritable « France plurielle » avec
deux types de nationalité? Nous avons vu que c'était impossible.
« Par tous les moyens », qu'est-ce que ça veut dire ?
Oui, l'immigration musulmane pose beaucoup plus de problèmes que
l'autre. Et pas seulement parce qu'ils ne mangent pas de porc et que
leur cuisine a une certaine « odeur ». Et c'est bien l'islam qui est au
cur du problème parce que cette religion n'est pas seulement une
affaire entre l'homme et son Dieu mais qu'elle entend régir la vie de
toute la communauté. Et tout s'est brusquement aggravé encore avec
ce nouvel islam, l'intégrisme, qui, qu'on le veuille ou non - maintenant
que toutes les autres idéologies sont mortes -, apparaît pour tous ces
déshérités déracinés comme le seul espoir de révolution.
Tout le monde reconnaît - à voix basse - que l'islamisme et la
République sont actuellement « incompatibles ». Il va donc falloir que
l'un ou l'autre cède.
Il y a quelques années, P.P. Kaltenbach avait présenté une thèse
intéressante dans son livre La France, une chance pour l'islam (vous
remarquerez qu'on fait beaucoup intervenir la « chance » pour ce
malheureux problème de l'immigration, L'Immigration, une chance pour
la France, La France, une chance pour l'islam, etc.). Kaltenbach voulait
croire que les millions de musulmans vivant en France seraient
amenés, grâce à leur cohabitation avec nous, à créer un nouvel islam,
moderne et acceptant d'assimiler certaines « valeurs » de l'Occident.
Depuis, un certain nombre de nos intellectuels paraissent penser que
c'est plutôt l'islam qui pourrait être une chance pour la France, grâce au
fameux « choc des cultures » et à « l'enrichissement par les différences »
et que donc ce serait à la France de changer, de faire l'effort nécessaire
pour s'adapter aux paroles du Prophète!
En tout cas, on n'a pas l'impression que l'islam français fasse un grand
effort d'adaptation.
Pudiquement, Jean-Claude Barreau écrit que les islamistes
réagissent à l'intégration par une contestation radicale des
comportements de la société française, et Gilles Kepel parle dans son
livre. Les Banlieues de l'islam, de... décrochage des jeunes Maghrébins
par rapport aux idées communément admises en France.
De la part de deux intellectuels « intégrés », pour ne pas dire « assimilés
» au Tout-Paris de la pensée unique, c'est déjà courageux. Mais n'a-t-on pas dépassé le stade de la « contestation » ou celui du « décrochage
» pour nous approcher dangereusement de celui de l'affrontement?
Et, là, Barreau a raison : Depuis la Révolution française, les religions en
France avaient appris à se faire discrètes. L'islam doit l'apprendre à son
tour. En tout cas, nous devons parler haut et fort [...]. C'est un slogan
colonialiste que de prétendre que les musulmans ne respectent que la
force [...] C'est une vérité théologique que de dire que les musulmans
apprécient la vertu de la force. Ils ne peuvent donc interpréter nos
complaisances que comme des renoncements.
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